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Métro-poèmes
Article mis en ligne le 1er mai 2020
dernière modification le 20 avril 2020

par Robert Froger


Odéon


Les vêtements gris de chaque jour
ressemblent à des rêves sans couleurs
des histoires d’amour oubliées
et d’autres rêvées
des êtres absents
qui pourtant sont là

Dans le wagon
les corps se rapprochent
mais s’ignorent
Dans le wagon
nous voyageons côte à côte
mais pas ensemble
Dans l’amour
même séparés
les amants sont ensemble.


Métro-poèmes
Maram al-Masri
Bruno Doucey, 2020
ISBN 978-2-36229-278-1
16,00 €

La déchirure liée à l’exil engendre-t-elle une faculté accrue pour observer ses semblables et mieux rendre compte d’une réalité humaine souvent douloureuse ? Si oui, Maram al-Masri, originaire de Syrie et exilée en France, en est une illustration brillante.

On se souvient, par exemple, de son ouvrage "La robe froissée" (éditions Bruno Doucey, 2012), fruit d’une résidence d’auteur dans le Nord où elle allait à la rencontre d’enfants, d’adultes mais aussi de villes et atmosphères, toujours à l’écoute de la réalité sociale. On pourrait citer aussi "Les âmes aux pieds nus" (éditions Le Temps des Cerises, 2009), série de portraits de femmes dont elle traduisait les peines et les douleurs.

Avec "Métro-poèmes", Maram al-Masri nous invite à la suivre dans les couloirs et rames du métro parisien. Son livre est bâti comme un guide : les têtes de chapitres sont les noms des lignes et chaque poème porte le nom d’une station de métro. Dans ces couloirs où les gens courent plus qu’ils ne marchent, elle a su s’arrêter pour mieux nous parler de ceux que nous finissons par ne plus voir, par habitude "Paris nous a rendu le cœur dur" ou par honte de leur misère, de leur malheur. Elle traduit aussi les petits moments de grâce aperçus : ces sourires échangés d’un quai à l’autre, ces petits vieux toujours amoureux "leur mémoire garde en souvenir / le premier baiser".

Maram al-Masri n’a de cesse de montrer l’âme humaine, de mettre en avant son empathie pour les autres. Elle rend une existence à ces personnes qui sont "plusieurs visages d’un même amour".
À la lecture de ce livre, une seule ligne à emprunter, une seule direction possible : "Les Autres".

Robert Froger