Père. Le roman du
Article mis en ligne le 1er décembre 2020
dernière modification le 16 janvier 2021

par Alain BOUDET

J’étais prêt à parler fantôme
étranger
parallèle
un monde bien vivant
où l’on ne se croise jamais

ou alors quand l’un des deux cesse
meurt et demeure sur place
définitivement

Père. Le roman du
Jacques Morin
Éditions Henry, 2020
Collection "la main aux poètes"
ISBN 978-2-36469-225-1
8,00 €

Ce livre qui s’articule en cinq parties commence un peu comme un journal. Évocation, en prose, du père. Enfin, si l’on peut dire, tant Jacques Morin conserve peu d’images de ce père connu dans l’enfance et occulté. Dans cette manière d’absence, l’auteur convoque des souvenirs dont bien peu semblent avoir construits une relation filiale. Croisements plutôt que rencontres. Craintes et peurs plutôt que partage et insouciance.

Petit à petit, au fil des pages, les textes se moulent dans la forme du poème. Dans la forme et dans le mystère, à force d’introspection. Jacques Morin, père lui aussi, se laisse interroger par cette réalité de la relation à son père à travers celle qu’il a avec ses propres enfants. Et petits enfants. Être dans la conscience que l’on est à la fois fils et père ouvre des perspectives, interroge qui l’on est, conduit à relire le vécu, apporte des réponses possibles et pose d’autres questions. Au bout, peut-être, une forme de sérénité. Non parce que tout devient clair, mais parce que l’on a permis, dans l’écriture, d’éclaircir un peu le chemin. Et cela, seul le temps le permet. Le temps qui passe et qui irrigue toute la seconde partie. Interrogations multiples, questions qui sont mais ne trouvent pas vraiment de réponses. Fuite du désir, impuissance, impossibilité des élans et les douleurs qui vont avec dans la troisième partie, marques du temps dans le vieillissement du corps dans la partie suivante. Parole en fin de livre pour la compagne aimée qui partage le chemin et révèle que finalement, dans le rapport au père, à l’enfant, à la femme, à tout être, la seule jauge qui soit et qui compte, c’est l’amour. Parce qu’il est manifeste … ou qu’il manque.

Alain Boudet