Les confins
Article mis en ligne le 15 janvier 2021
dernière modification le 9 janvier 2021

par Robert Froger

maintenant
je suis un saint frère de l’Ordre du Carme
un ermite à Saint-Ouen
j’ai du temps pour rester chez moi
faire de la contemplation
ranger les décombres
écrire
...

(Ramiro Oviedo)

...
Covid me sclérose, me dépoétise
Pas un vers, pas un pied
Alcools forts
Je grimace face au miroir de la salle de bain
Adieu Adieu
Poème sacre sacrifié

(Christophe Dekerpel)

On se serre pas la main
on s’embrasse pas
ni même on s’accolade
on se distanciationne au pifomètre
chacun sa petite rondelle de terre
...

(Antoine Maine)

On ne sait plus trop où aller
L’habitude nous a désertés
On se laisse guider par les enseignes
Qui brillent comme de bonnes étoiles
À la recherche d’horizons entre les rayonnages
...

(Sébastien Kwiek)

Les confins
Collectif METEOR
Christophe Dekerpel, Sébastien Kwiek, Antoine Maine, Ramiro Oviedo
Photo Benjamin Teissedre
La Chouette imprévue, 2020
ISBN 978-2-9561038-6-8
12.00 €

On peut s’interroger longuement sur les interprétations possibles du titre "Les confins" . D’une manière plus terre à terre, on peut dire que les auteurs, C. Dekerpel, S. Kwiek, A. Maine et R. Oviedo, membres du Collectif METEOR, ont tenu, ensemble, un journal qui couvre le premier confinement (premier de combien d’autres ?) imposé par un certain virus Covid 19. Ce journal démarre le 19 mars 2020 pour se terminer le 4 juin 2020. Les textes des auteurs décrivant leur quotidien, leurs observations, leurs sentiments, leurs manques sont souvent suivis de notes de bas de page relatant l’évolution du confinement d’une manière plus informative, administrative et donc glaciale.
Tout au long du recueil, on notera l’évocation d’oiseaux, souvent observés au travers des vitres, comme un symbole de liberté et qui disent "la vie qui va". 
Quel que soit le pouvoir de ce roi Covid 19, les auteurs nous prouvent que l’on peut, sinon transformer, du moins sublimer une catastrophe en témoignage poétique.

Robert Froger