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Illustrer la poésie

L’une des particularités des livres de poésie destinés aux jeunes publics, et
particulièrement aux enfants, c’est qu’ils sont habituellement accompagnés
d’illustrations. Sans redondance, celles-ci témoignent d’une rencontre avec
un texte qu’elles accompagnent d’un autre langage, médiateur lui aussi. Quatre
illustratrices nous parlent de leur démarche…

Article mis en ligne le 1er mars 2015
dernière modification le 25 mai 2015

par Alain BOUDET
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Y a-t-il selon vous une particularité dans l’accompagnement d’un texte de poésie par l’illustration ? À quoi vous attachez-vous dans votre démarche ?

Joëlle Brière : Pas de particularité dans l’accompagnement d’un texte de poésie mais plutôt une manière de ponctuation, un écho aux mots offerts, un autre poème (graphique) pour dire ou redire “les choses” pour les augmenter parfois sans jamais les contraindre.

Titi Bergèse : Oui tout accompagnement d’un texte de poésie a sa particularité liée au sens de l’observation, de la perception, de la sensibilité de la personne qui illustre.Je m’attache à une lecture des textes (dont j’envisage un accompagnement) en étant très concentrée, la tête dans les mots, attentive à ce qu’ils provoquent.Plusieurs lectures du même manuscrit se succèdent, telle l’abeille qui butine toutes les fleurs, jusqu’à l’ état d’étourdissement.
À partir de ce moment je ne consulte plus l’ouvrage et travaille de mémoire, mémoire de la musique des textes, mémoire de l’empreinte des mots laissée sur la rétine, puis je pose des notes sur papier et une orientation de travail se met en place, mes notes se transforment en croquis et la machine de création se développe, entre un croisement de la saveur des textes avec mes préoccupations plastiques quotidiennes.
Un cheminement que j’ai plaisir à vivre.

Aude Léonard : Plus qu’une illustration, qui collerait littéralement au texte, il s’agit d’une interprétation.
​La poésie offre cette liberté d’interprétation qui permet alors à l’image qui l’accompagne de raconter une histoire dont le point de départ est un mot du poème, une association d’idées. Finalement, le poème et l’illustration sont autonomes, même si du premier découle la seconde. Et on pourrait aussi bien faire l’exercice à l’envers.

Je ne m’attache à rien en particulier lorsque j’illustre un poème, mais l’image qui en résulte est un instant d’une histoire que me raconte le poème. C’est assez spontané.

Martine Mellinette : Si la parole poétique, dans la banalité des moyens qu’elle combine, réquisitionne tant d’imaginaire, qu’a-t-elle à faire de mon déballage odorant et salissant de tubes, de pots, de colle, de résine, de tout cet encombrant, de toutes ces techniques ? Me voici bientôt à me débattre dans un espace délimité et imposé, 22 x 14,5 ou 28 x 40, dans le sens de la hauteur, marges comprises… alors que le poète, lui, s’accorde un espace sans fin.
Aussi, que d’énergie pour mériter ce compagnonnage ! Comme un rituel, vider mon atelier encombré, le nettoyer des travaux précédents, aérer la pièce, puis étaler les pages du poème, qu’y circule un air vif.
Premiers coups de ciseaux dans les feuilles d’épreuves, premiers coups de pinceau. Peu à peu s’installe une respiration : titres, blancs, couleurs, marges, textes, images, textes, blancs, titres, images, textes. Si la respiration s’essouffle, je déchire et je recommence, jusqu’à ce que je senteà nouveau l’air vif entre les pages.
Et quand il me vient du découragement, je remâche cette phrase dePaulhan : “L’imagination est forte et joyeuse lorsqu’elle s’est bien battue.”
Mes images n’ont pas d’autres prétentions : que la main du lecteur, au moment de tourner la page, s’attarde un peu, voire rebrousse chemin, que son œil, glissant sur l’image, se retourne vers l’intérieur, prolongeant ainsi l’émotion de la lecture. Et que cela même soit aléatoire.
Lorsque, par exemple, m’est venue l’idée d’intercaler des feuilles “Onion skin”, très fines, légèrement opaques, entre les textes du livre de Jean-Pascal Dubost, Les Quatre-chemins, le papier, recouvrant le bleu foncé des aiguilles de la pendule, pouvait évoquer la fine poussière du temps recouvrant toutes choses, les souvenirs un peu effacés, et jusqu’à leur fragilité. (…)
Comme le soupir dans une partition de musique, l’illustration pourrait être cela : un petit moment de silence plein entre les mots.

Vous illustrez des poèmes qui sont destinés à un public jeune (entre autres). Tenez-vous compte de ce public dans vos choix et vos démarches de plasticienne illustratrice  ?

Joëlle Brière : J’ai eu le bonheur de côtoyer de jeunes enfants pendant la majeure partie de ma vie et de leur proposer des dessins légers et rapides qui ressemblaient aux leurs. Nous copions l’une sur les autres et vice versa.
Je n’ai pas eu d’autre école. Je dessine toujours pour eux quand j’illustre un recueil qui je l’espère leur plaira… à eux et à d’autres maintenant !

Titi Bergèse : Non pas du tout…

Aude Léonard : Je ne me suis pas particulièrement efforcée à fabriquer ces images pour un public jeune. De même que la poésie peut être plus ou moins accessible, un individu va être réceptif ou non à une image.
Toutefois, la photographie, médium que j’utilise, permet une confrontation directe avec le réel, une interprétation assez brute. Par mes photomontages qui exagèrent les échelles, ou cultivent l’absurde, j’essaie d’intriguer les lecteurs, de tous âges.
Je souhaite que cette image “impossible” les fasse douter, sourire, rêver.
Et je remarque avec amusement que les adultes ne sont parfois pas plus habiles à différencier la photographie du dessin ou de la peinture. Comme quoi la faculté à décrypter une image n’est pas proportionnelle à l’âge.

Les propos de Joëlle Brière, Aude Léonard et Martine Mellinette ont été donnés à lire pour la première fois dans la revue Griffon de mars-avril 2012. La revue n’existe plus, mais j’ai souhaité redonner vie à ces contributions. Titi Bergèse a bien voulu apporter elle aussi son éclairage. 




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