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Pour la liberté d’expression…

« Ce sont d’ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains. Ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait. »
Voltaire, article "Fanatisme" du Dictionnaire philisophique, cité par Claude Ber.

Article mis en ligne le 7 janvier 2015
dernière modification le 24 mars 2015

par Alain BOUDET

 

Stupéfiés

Consternés

Nous sommes consternés
par la bêtise en uniforme noir
la haine sans visage
et qui porte cagoule
à défaut de courage

Se réclamant d’un Dieu qui est une parole
se réclamant d’un Dieu qui n’est pas sans visage
se réclamant d’un Dieu qu’ils ne connaissent pas

Bien sûr on peut brûler les livres

Bien sûr on peut tuer des hommes

Ceux de l’échange et du respect
ceux de la parole et du geste
hommes du rire et du savoir

Mais nous savons que ce qui tremble
dans le geste vif de nos plumes
c’est l’élan libre des oiseaux.

Alain Boudet
ce mercredi noir, 7 janvier 2014

 

Crayon, mon crayon mine de liberté
Bois de rose en stock des émotions
Traducteur anonyme de mes rêves
Grain de rouage dans le cœur du sable...
Pieu de désirs à flamber au cognac

Crayon mon crayon mine de rien
Nonchalamment sur mon oreille
À l’affût des marchandes d’illusions
Et de toutes les conneries humaines
Que cautérisent les remparts d’ordre.

Crayon, mon crayon mine de sel
Avec des encoches sur la crosse
Comme un révolver encore chaud
Manié sans intentions particulières
Et pourtant pris dans l’efficace
Marié de la semaine d’or triste

Crayon, mon crayon de colère
Gavé comme un incendie de mots
Qui déverse des tombereaux de cris
Dans les coursives poussives de bois
Qu’un simple sentiment enflamme

Crayon, mon crayon de faïence
Poupée des stands de fête foraine
Ouverte à l’encans de la douleur
Qu’un plomb de quelque déraison
Raye de la carte pour l’éternité

Jean-Pierre Lesieur
Comme en Charlie

 

Toi qui sais la lettre dis-tu, connais-tu aussi de la lettre l’esprit.
Celle qui nous fait chair.
Toi qui es prêt à arracher les yeux à l’insolence.
Sache qu’elle est plus vertueuse que ta malédiction d’imprécateur.
Toi qui te réclames du livre et n’en retiens que l’ivresse
Que ces écrits te procurent pour rassurer ton ignorance.
Toi qui clames la puissance des temps anciens,
Sais-tu combien les nouveaux sont fragiles et complexes,
ô combien faibles nos bras et peu habiles nos mains.
Tu voudrais ériger le monde à ton image d’analphabète
Qui croit aux vertus de la lettre seule et la proclame sainte.
Nous, te disons combien ta bave de chien féroce
Ton œil avide, ta langue torve, ton manque de discernement
Ton appétit de charognard affamé nous révulsent.

Saïd Mohamed

 

Jour de deuil

Leurs noms frappés de nuit
Ont le visage aimé des hommes ineffaçables,
Et leurs visages, les yeux tissés d’enfance
Où la tendresse joue à l’escarpolette
Avec les étincelles du rire heureux de rire
Tenant tête aux tueurs.

Les chats, les femmes et les oiseaux
Forment cortège autour de ce courage
Qui n’a d’autre soleil que le raisin de vivre
Au coeur du temps, par la jeunesse
Qui pas une heure n’a renoncé.

Que chante encore le merle à son arbre insolent !

© Marc-Henri Arfeux en ce jour de deuil

 

Plus que jamais

Aujourd’hui, le ciel bas-normand
est à l’image de la France :
gris,
pluvieux,
triste,
déversant sur les visages
croisés dans la rue
comme un chagrin inconsolable.

Hier, ma fille,
un peu surprise
de me voir pleurer,
à l’écoute des ondes,
m’a demandé alors :
« Qu’est-ce qu’il y a papa ? »
Et du mieux que j’ai pu,
je lui ai répondu :
« Tu vois, des hommes
viennent d’être tués
par des fanatiques, des terroristes,
juste pour quelques dessins
 »
et puis, j’ai ajouté :
« Possible que demain
ce soit mon tour
juste pour quelques mots…
 »
Aujourd’hui tout en moi
est encore
pleurs,
colère,
mais, plus que jamais,
amour
de la liberté. 

© Morgan Riet
Jeudi 8 janvier 2015

 

Dans nos bras immenses

Aujourd’hui
8 janvier
sainte Lucienne
nous nous révélons
nous étions silencieux
nous parlons
nous étions idiots
nous voici meilleurs
Victor Hugo et Voltaire
prennent le frais sur les places
mon ami m’embrasse
et mon ennemi m’enlace

aujourd’hui
8 janvier
sainte Lucienne
notre humanité se réveille
des diamants perlent
aux yeux des journalistes
et des phrases nouvelles
sincères, dignes et belles
entourent
notre peine
comme je berce
les belles personnes que nous sommes

Charlie

Réjane Niogret, 8 janvier 2015

 
Je ne sais pas si tu as vu l’actualité et ce qui s’est passé
J’ai la rage : pourquoi ils font ça ? Je vais pas chercher
A leur donner une bonne raison
Peut-être est-ce juste pour imposer leur religion ?

Ici, c’est le France, liberté d’expression,
Toi tu connais, mais eux, non,
Ca me les casse parce que c’est eux qui
Font honte à toutes les religions.

Dès qu’on dit "terroriste"
On pense Arabe, Islam, et Afrique
J’ai la rage, je peux pas me la fermer
Ils m’ont franchement choqué.

Ils sont cagoulés, ils ont pas de fierté.
Si vous m’entendez, vous inquiétez pas on vous traquera
Je crois que j’ai fini j’arrive au bout de ma feuille,
Même si une forêt me suffirait pas pour dire tout c’que je ressens.

C’est pas un slam mais juste ma conscience qui parle
J’ai fini, et surtout les familles ne baissez pas les bras,
Ils vont être arrêtés et punis...
Je suis CHARLIE !


Adrien, Justin, Arnaud, Nathan, David, Théo
élèves de troisième au collège Louis Launay de Landivy (53)

 

Écoute,
le ruisseau l’a dit.
Le torrent, la rivière,
les fleuves et les mers,
les océans aussi.
Puis les vents et les nues
à leur tour l’ont repris.
Les échos l’ont porté
jusques à l’infini.

Écoute
"Je suis Charlie"

Paul Bergèse

 

Seule, ma voix seule
Prisonnière ou
Libre d’un poème
N’ouvre aucune flammèche
Si elle ne rejoint

Ton regard

Et le feu de chacun
Mêlé aux plaies de la terreur
Comme aux plaisirs de l’amour

Brindille, l’amour défie
La nuit gigantesque qui
Escorte de boue, de sang
De crimes, de folies, nos vies

Même muré l’amour
Étouffé, éclaté, invisible
Au creux de toi, persiste

Tu en perçois les sons
Les battements qui
Réinventent la lumière

Et dans l’espace éclaté
Tu reprends forme
Et tisons parmi les autres

Aux jours mouillés d’effroi
Tu ne t’agenouilles pas
Mais porte ta voix

Petite
Mais presque oiseau

Cet oiseau qui sur la branche
Donne au chaos du monde
L’espoir d’un chant

Jacqueline Persini-Panorias