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Écrire : pourquoi, quoi, comment ?
Article mis en ligne le 15 février 2016
dernière modification le 4 mars 2017

par Alain BOUDET
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Poésie : écriture de soi…

Amener des enfants à écrire de la poésie n’est pas seulement tenter de développer leur sensibilité au monde, mais leur donner des outils pour travailler la langue. Cette langue que l’on va malaxer, détourner, voire déconstruire et pour cela, il faut d’abord la maîtriser un tant soit peu.
Il est donc primordial de leur faire entendre des textes variés et contrastés afin qu’il s’imprègnent dans un premier temps de la musicalité du poème.
Faire écrire de la poésie à de jeunes enfants, c’est leur donner le moyen de parler d’eux et de ce qui les entoure, du dedans et de dehors, avec des mots qui ne sont ni ceux de la maison, ni ceux de l’école.
Quand ils sont confrontés à la page blanche, certains se lancent facilement, d’autres sont bloqués. On pourrait croire que certains ont des choses à dire, d’autres moins …A travers ce qu’ils écrivent, on lit parfois leurs craintes , leurs désirs, leurs obsessions. Mais l’atelier d’écriture n’a pas de visée thérapeutique ! Il est avant tout un temps de création où les enfants vont savourer le plaisir des mots.

Mais quelle est cette langue poétique qu’ils pourraient entendre et s’approprier ? Où cohabitent liberté et contraintes ? Je n’ai pas de leçons de poésie à donner, juste quelques pistes tirées de mon expérience quotidienne.

Un environnement…

Dans la classe, il y a un espace réservé à la poésie : des livres , recueils, anthologies, albums…des affichages, une boîte à poèmes pour les textes libres et une corde à poésie où les élèves accrochent leur textes. Quant ils ont bien séché au soleil des néons, on les plie, on les range et on en met d’autres !
Cet espace leur est familier : ils viennent y chercher de la lecture, un peu de rêve aussi, une pause, une respiration entre les apprentissages.

Trois types d’écrits

Ils sont amenés à produire trois sortes de textes : des textes poétiques totalement libres qui donnent lieu à une lecture offerte, des textes en situation, et des poèmes soumis à contrainte ou basés sur l’imitation.

Les textes libres sont souvent les plus maladroits ou les plus étonnants : il y a beaucoup de textes très courts qui relèvent de l’anecdote, quelque chose de vécu, ténu , avec les imperfections que l’on retrouve dans la production d’écrit, mais c’est déjà une amorce , quelque chose qu’on va parfois retravailler ou qu’on va laisser en l’état. En tout cas, il y déjà une parole qui sonne différemment.

Les textes en situation me semblent particulièrement intéressants car ils nous amènent à « travailler » ici et maintenant : pour l’averse par exemple, face à leur déconcentration (c’est sûr, la musique de la pluie était plus captivante que la leçon de la maîtresse !) j’ai décidé d’arrêter ce que nous faisions et les ai autorisés à écouter ce qui se passait dehors ; bon prétexte pour les faire écrire.
Pour mieux entendre, on ferme les yeux, on imagine…à quoi nous fait penser ce bruit, ce vacarme. Temps immobile où on laisse venir des images. Puis on commence le poème par ces mots : « mais quel est ce bruit… ? Est-ce…. ».
Nous avons récidivé avec la neige de Janvier.
Il y a quelques années, nous avons écrit avec la même démarche, dans un jardin public, au plus prêt du coassement des grenouilles dans le lac.
Ce qui fait la richesse de ces moments d’écriture, c’est ce qui précède : se mettre en état de poésie, c’est à dire aiguiser nos sens et se laisser aller pour que vienne à nous une sensation, un souvenir, une image…qui nous donnent l’envie de fixer le moment.

Les textes à contrainte sont peut être les plus simples et les plus exigeants à la fois. Le procédé d’imitation, on le pratique souvent dans nos classes. On part souvent d’un poème qui est ludique et basé sur des rimes comme certains poèmes de Luc Bérimont, Rober Desnos ou Jean-Luc Moreau. Des poèmes ou la répétition est un ressort poétique comme le refrain d’une chanson et la redondance dans les contes.

Silence complet de la neige.
Comme je suis joyeuse de voir
Les tables de multiplication entre les flocons ! (Anouk)

La neige se faufile partout
Aïe ! la neige pique doucement
Etoiles aux aiguilles d’eau (Marin)

Bruit qui enchante mes oreilles 
Musique calme des flocons
Grains de chocolat blanc (Yobista)

D’où vient ce silence dehors ?
Est-ce une ville sans hommes ?
Il faut regarder pour comprendre (Hannah)

Qu’est ce que c’est que ce gros nuage
Par terre ? Ah mais ce sont des flocons
Qui dansent dans mon jardin ! (Amaïa)

Quel est ce bruit qui emplit nos oreilles ?
Est-ce une rivière qui déborde ?
Un roulement de tambour ?
Une cascade, une chute d’eau ?
Des maracas qu’on secoue ?
Les applaudissements de nos parents ?
Est-ce la mer déchaînée ?
Les vagues qui déferlent ?
Des dieux en colère ?
Des gens qui courent sur les graviers ?
Les chaises qui dégringolent ?
Mais non ! ce n’est que l’averse
Dehors quand nous sommes
Bien au sec dans la classe !

  Les CE2

(Pendant la grosse averse orageuse de mercredi, nous avons fermé les yeux et cherché à quoi le bruit très fort de la pluie nous faisait penser…)

Le "comment faire"…

Quelles que soient les sources d’inspiration, il faut bien fournir quelques outils pour conduire une séance d’écriture :

  •  On peut collecter des mots clés : en faire chercher ou en proposer : des adjectifs liés à la texture de la neige, des verbes qui évoquent des sons etc… Souvent cela permet de démarrer, un peu comme apprendre à faire du vélo : les mots proposés sont les petites roulettes dont on va ensuite se passer.
  • Il y a aussi les oxymores qui ont une charge poétique très forte : par exemple dire « une tempête calme », cela est permis et on peut même jouer à multiplier les exemples.
  • Associer aussi des mots qui appartiennent à des registres très différents. Comme dans le poème de Jean-Pierre Siméon : les couleurs de l’invisible, on associe une couleur à un sentiment.
  • On essaie toutes sortes de comparaisons, mais en évitant le mot « comme » qui est trop explicite. Par exemple plutôt que « la neige est comme un manteau blanc », « la neige est un manteau blanc ».
  • Lorsque l’on parle de soi, de l’intime, utiliser plutôt tu ou nous au lieu de je, ce qui rajoute une teinte universelle.
  • Commencer ou terminer un poème par une question, peut interpeler d’avantage le lecteur. La poésie n’est-elle pas aussi une façon d’interroger le monde ?
  • L’absence de ponctuation peut donner une respiration plus ample au texte. Sans point final, le poème reste ouvert.
  • Écrire des verbes à l’infinitif, sans sujet défini, traduit un élan, apporte une dynamique : « partir loin » plutôt que « Je pars loin ».
  • Inventer des mots ( ex : Poèmes pour sourigoler d’Alain Boudet , Poèmes de la souris verte de J.L Moreau).
  • Écrire sur un thème précis : inventer des menus imaginaires à la manière de « Menu menu » de Jacques Roubaud.

Comment se passe l’activité d’écriture ?

Après un moment de réflexion, on se lance, on écrit , on rature, on gomme,
on recommence jusqu’à ce que cela sonne et résonne ; qu’on sente la petite musique du poème. Il ne faut pas hésiter à enlever, à remplacer. Guillevic disait « J’écris avec ma gomme ». Au début, on ne soucie pas de l’orthographe.

Ensuite, on lit aux autres ou on laisse le silence sur la feuille ; on peut en discuter, voir ce que l’on peut améliorer.
Il y a des poèmes individuels et des poèmes collectifs. Pour un poème collectif, on s’arrange pour prendre au moins un mot, une phrase de chacun. Je dois dire que j’oriente le choix.

Le plus délicat pour moi, c’est d’apporter des modifications (changer une tournure, proposer un mot à la place d’un autre…) sans dénaturer la spontanéité du premier jet. Je propose, et il est n’est pas rare qu’un enfant ne veule rien changer. Ce qui veut bien dire qu’il y a parfois un enjeu, une détermination à exprimer de l’intime avec des mots à soi, en dépit de toutes les ficelles de poésie !

La mise en espace du texte sur la page a aussi un rôle à jouer : la façon de couper une phrase, d’aller à la ligne au moment où on ne s’y attend pas peut intensifier la sensation poétique.

Ensuite les poèmes sont recopiés ou tapés à l’ordinateur, parfois illustrés (on peut varier les typographies).
Enfin ils vont cohabiter dans un recueil collectif, être lus ou exposés à l’école ou dans l’espace public, accrochés à des à des fils ou simplement sommeiller dans la mémoire de chacun.

Qu’est- ce qu’un bon poème ?

(au regard de ce que l’on peut attendre d’un enfant de 8, 9 ans). Raymond Queneau dit « Prenez un mot prenez en deux
Faites les cuire comme des œufs… "

C’est un peu ça : il y a des petites recettes à proposer aux enfants : de l’imagination, de la précision aussi, de l’évocation plus que de la description, de l’humour, et surtout un peu de mystère ; et puis Raymond dit aussi « ça a kekchose d’extrême un poème !  »

Claire Kalfon
classe de CE2 de l’école élémentaire Rabelais à Tours (37) / Janvier 2016




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