Bandeau
La toile de l’un
Slogan du site
Descriptif du site
Je ne peux le croire
Article mis en ligne le 1er avril 2019

par Robert Froger

1945
Sous le clair de lune
ma propre voix qui appelle
en vain mes enfants

1965
Libellules au ciel
Dans ma tête les enfants
qui ne vieilliront jamais

1971
Je voudrais être en terre
avant que ne s’estompe
ma tristesse

1973-1982
Aucune garantie
que la bombe ne tombe à nouveau
pluie de pétales

Petites campanules
sur le chemin où je cherchais
en vain mes enfants

Matsuo Atsuyuki


Je ne peux le croire
Dominique Chipot
Préface d’Ysabelle Lacamp
Bruno Doucey, 2018
ISBN 978-2-36229-200-2
16,00 €

Avec "Je ne peux le croire", Dominique Chipot, haïjin (auteur de haïkus) et grand spécialiste du haïku, nous propose une anthologie sous-titrée "Fukushima Nagasaki Hiroshima". Tout est dit. Une manière de remonter le temps nucléaire : plus de cent poètes japonais, victimes, observateurs, militants pour témoigner de cette horreur.
Les haïkus et tankas traduisent, dans leur simplicité et leur brièveté, comment les bombes ou le tsunami et ce qui suivit, ont modifié, meurtri le quotidien du Japon.

Une vague océanique
dans la forêt
— un hamac se balance
(Mariya Marie)

Le doigt d’un gamin
brûlé   qui montre le ciel
parmi les décombres
(Kosaki Teito)

Une partie de l’ouvrage, peut-être la plus émouvante, est consacrée au poète Matsuo Atsuyuki qui perdit, à Nagasaki, sa femme et trois de ses quatre enfants. On y voit comment, au long des années, la vie toute entière de ce "rescapé" a été consacrée au témoignage d’un combattant de la paix.
Tous ces haïkus, ces tankas sont autant de cris calmes mais déterminés contre l’oubli, une tentative de protection et de plus jamais ça. Désespérée ?

Dans cet amas de
corps morts il y a encore
quelques morts qui vivent
(Dake Shintarô)

Robert Froger