Zones de dépassements des valeurs limites - Charles Desailly
Extrait du livre "Zones de dépassements des valeurs limites"
Plan de circulation
Des primes sont offertes pour que l’espace public soit optimal, dégagé de tout désordre. Les arbres doivent être abattus en lisière de propriété. Il y a urgence à généraliser les pelouses et les blocs grillagés de galets, à uniformiser les massifs géométriques. Les employés communaux ont la main mise sur les pensées, les géraniums, et les roses d’Inde. Les axes piétonniers du centre-ville sont déterminés par des dalles glissantes. Il s’agit de favoriser la déambulation commerciale. Chaque pas doit être amorti financièrement. Chaque sourire doit conclure une transaction. L’extermination des corps statiques est en cours. Les bancs publics sont démontés. Le mouvement devient obligatoire comme dans un labyrinthe pour rats de laboratoire.

Note de lecture du livre "Zones de dépassements des valeurs limites"
Zones de dépassements des valeurs limites
Charles Desailly
Collection Polder : 209
Édition : Décharge / Gros Textes, 2026
L’ouvrage est composé d’une suite de courts textes proposant à chaque fois une déambulation dans un univers hyper- urbanisé : le chemin quotidien qui mène d’un bureau au studio d’un immeuble via le métro, les signaux en tous genres qui saturent l’espace public et guident les pas des piétons, les allées d’un centre commercial surveillées en permanence par l’œil des caméras, les couloirs d’un hôtel ou d’un parking où l’on se déplace au gré des codes d’entrée, l’intérieur d ‘un appartement dont l’unique horizon est constitué de l’alignement des fenêtres voisines,….
Au fur et à mesure de la lecture, le malaise grandit : l’oxygène commence à se raréfier, les regards ne se croisent plus, les corps ont peur de se toucher, les yeux pleurent de fatigue devant les écrans, « les corps fatigués se vident de la haine ordinaire ». « Il faut être en forme pour faire face à l’ennui ». La solitude et la mélancolie gagnent les corps.
L’auteur interpelle le lecteur : parle-t-il d’une cité fictive ou celle-ci ne fait-elle pas déjà partie de notre réalité ?
Michel Foucault
Pour prolonger la lecture :
Lien vers les notes de lecture des autres livres de la collection Polder:
– Quatrième Génération, Anthologie
– Plein les poches, Annie Hupé – Polder 208
– Neurones miroirs, Julien Boutreux – Polder 207
– Murs/Fragments de chantier, Charlotte Minaud – Polder 206
– La Fenêtre est restée ouverte, Élise Feltgen, Polder 205
– Trouble-miettes, Julie Cayeux – Poler 204