Anthologies de poèmes de la joie à l’amour
Sélection de poème effectuée à partir des livres en rayon du Promenoir de poésie contemporaine Alain Boudet dans le cadre du 42e Festival de poésie des Amis des Printemps Poétiques : « Cette émotion appelée Poésie »

Poème
pour la souris du grenier
Souris bougeotte
Souris boulotte
Sourigolote
qui crotte
qui trotte
qui grignote
Te voir ainsi t’agiter
me fait bien sourigoler !
Alain Boudet
Poèmes pour sourigoler
Blanc Silex, 1999
Le bonheur
C’était le bonheur
Qui courait dans l’herbe.
Nous l’avons tous pris
Pour une souris,
Une souris verte
Qui courait dans l’herbe.
Nous avons eu peur
Et, avec des cris,
Nous avons tous fui
En perdant nos fleurs ;
Nous avons tous fui
Devant le bonheur.
Et chacun depuis
Cherche dans son cœur
Cette souris verte
Qui courait dans l’herbe,
Cette souris verte
Qui trottine ailleurs.
Maurice Carême
Pigeon vole
Le Livre de Poche, 1998
Quand Papa est à la maison,
c’est lui qui nous réveille.
Il ouvre doucement la porte et siffle
un air qui nous sort de notre sommeil.
Le sifflement est léger entre les lèvres
presque fermées.
C’est comme un câlin.
Ça marche. On se lève.
« Soldat, lève-toi, soldat lève-toi,
soldat lève-toi bien vite. »
Il dit qu’il entendait ça au régiment.
Nous, on trouve que le régiment,
c’est bien
Colette Touillier
C’est papa qui conduit le train
L’idée bleue, 2005
Le bonheur est là
Sous tes pieds
Deux champignons
Et trois myrtilles dans la mousse
Le bonheur est là
La vie est douce
Et tu peux danser
Car il est bon d’exister.
Michel Lautru
Si la graine parle encore
Soc et Foc, 2011
La femme qui regarde par la fenêtre
souhaite jouer avec les enfants
et les faire danser
Elle souhaite chanter pour eux
leur acheter des bonbons
et des gâteaux pleins de crème à la vanille
La femme qui regarde par la fenêtre
souhaite
faire tomber sur les enfants
un déluge de joie
et des papillons de baisers
planter des poèmes
sur leur chemin
pour qu’ils ne se perdent pas
dans la forêt
du monde.
Maram al-Masri
La robe froissée
Bruno Doucey, 2012
Nathanael et Fertuna
Mon petit frère du bout du monde
ma petite sœur de « pas d’ici »
J’ai vos visages au fond des yeux
j’ai votre rire au creux des mains
Et nous brillons sur cette terre
comme un soleil
qui fait la ronde
avec la nuit
Mon petit frère du bout du monde
ma petite sœur de « pas d’ici »
Si nous vivons comme un cadeau
chaque seconde
la joie délivrera nos cris.
Alain Boudet
Quelque-un(e)s
Henry, 2020
le bonheur quand on le tient on a peur qu’il
s’échappe il glisse le bonheur on a peur je sais
j’exagère pleurer autant aussi longtemps pour
pas grand-chose tu me diras mais le bonheur s’il
nous lâche qu’est-ce qu’on devient dis-moi
Albane Gellé
L’air libre
le dé bleu, 2002
Ce matin
j’ai allumé
les chants d’oiseaux
j’ai fait couler
une longue douche
de lumière
et puis j’ai savonné
mon nez
dans les cerises
Thomas Vinau
Des salades
Donner à Voir, 2015
Maman m’aime
Lance en riant les crêpes
Jusqu’au plafond
Elles font des sauts périlleux
Comme des acrobates en tutu
C’est mon plat préféré
La crêpe à la joie de maman.
Gilles Brulet
Maman m’aime
L’épi de seigle, 1998
J’écris des poèmes
pour les semer
chaque soir
Ils me permettent
après la nuit
De retrouver
le chemin
de moi-même
Camille Dautremer
La couleur du silence
Encretoile, 2024
J’ai rangé l’école
J’ai rangé l’école
Au fond de ma poche
Je l’avais cachée
Pendant tout l’été
Aujourd’hui c’est fête
Je l’ai retrouvée
Avec mon cartable
Et mes beaux cahiers
Vive la rentrée
Liska
Le temps étoilé
L’épi de seigle
j’ai mis dans ma tête :
une boîte à musique,
un arbre tout seul,
et trois étoiles de mer
pour pouvoir rêver
en toutes circonstances.
Albane Gellé
En toutes circonstances
le dé bleu, 2001
On dit on dit des mots
amour fraise et mandoline
amour
et notre cœur bondit
fraise
les lèvres sont sucrées
mandoline
une musique dans la main
On dit on dit des mots
lilas douceur et mandarine
lilas
c’est ta joue mon enfant
douceur
le silence est fragile
mandarine
comme un éclat de rire
On dit on dit des mots
amour fraise et mandoline
lilas douceur et mandarine
Jean-Pierre Siméon
in Poésie cycles 2 et 3
par Patrick Joquel
Magnard, 2001
Allez savoir
ce que l’on sème
lorsque l’on s’aime
Thomas Vinau
Des salades
Donner à Voir, 2015
Avec attention
tu effeuilles une marguerite
Un peu
beaucoup
passionnément
Cela ne t’importe pas du tout
Ce qui compte finalement
c’est
au bout du geste
ce soleil jaune dans ta main.
Alain Boudet
Pleine lune et bout de soie
Corps Puce, 2010
Je dis Aime
Et je le sème
Sur ma planète
Je dis M
Comme un emblème
La haine je la jette
Je dis AIME, AIME, AIME
Andrée Chedid
in L’insurrection poétique
Anthologie par C. Poslaniec et B. Doucey
Bruno Doucey, 2015
Un jour
je serai princesse
princesse du silence
mes mots seront
des lettres muettes
les lettres muettes formeront
des poèmes particules
qui flotteront
dans l’air
jusqu’à tes oreilles
tu entendras peut-être
la langue de mon cœur
Cathy Ko
Un jour je serai
Donner à Voir, 2021
Aimer
verbe du premier groupe
et du premier amour
Il est petit le groupe
toi et moi
Rien que nous deux
ça fait bien peu
Mais rien que toi
c’est déjà tout
Marc Baron
Je vous aime
Bulles de savon, 2014
Une mésange
vient me rendre visite tous les jours
elle ne me demande rien
je ne lui demande rien
c’est si doux
d’être deux
à être seul au monde
Thierry Cazals
Un éléphant au paradis
møtus, 2011
La météo du beau
En toi, il fait beau temps,
petite sœur,
je le vois dans tes yeux.
Et si dehors la grêle
fait son bruit de tambour
et si les éclairs jouent au feu,
en toi, il fait beau temps.
Le vent fait claquer les volets.
Je te prépare un bol de thé
et un carré de chocolat.
Si tu grelottes un peu,
je sais qu’au fond de toi,
pas de peur, pas de risque :
il fait soleil, il fait merveille,
la météo est au beau fixe.
Carl Norac
Le livre des beautés minuscules
Rue du monde, 2019
Qui gratte ce matin
aux vitres de ma chambre ?
Une corne de lune
une branche d’étoile
un rayon de soleil ?
Qui chante ce matin
aux vitres de ma chambre ?
Une abeille endormie
une fleur de silence
une lavande au vent ?
Qui attend ce matin
aux vitres de ma chambre ?
Un cœur, une pensée,
Un sourire, une joie ?
J’ai ouvert la fenêtre
et j’ai tendu les bras.
Paul Bergèse
Les poches pleines de mots
Soc et Foc, 2006
Celui qui sème les étoiles
récolte la paix
Abdellatif Laâbi
Ce que poète désire
Rue du monde, 2021
Maison d’enfance
Chère maison
Faite de briques
Et de mots chuchotés
Dans le cou des saisons
Maison de rires et de danses
De jeux de joies et de jardins
De je voudrais ceci
De je n’aime pas cela
Maison de grenadine
Et de rêves en pyjama
Je pose en toi
Tous mes désirs d’envol
Béatrice Libert
Poèmes pour aimer le monde
Voix Tissées, 2026
Géographie
Ma mère disait :
— Ne fais pas plus d’un pas à la fois !
— Ne prononce pas plus d’un mot à la fois !
— Ne savoure jamais plus d’une gorgée de
bonheur à la fois !
— Mais, fais-le souvent et recommence
Autant de fois qu’il le faudra
Pour apprendre la géographie de ton cœur
Et en faire celle de ta vie !
Joëlle Brière
Tous les chemins…
La Renarde Rouge, 2001
Un jour ou l’autre
Un jour ou l’autre
nous irons grimper
dans les branches
du noisetier
de Byzance
Nous irons cueillir
des oranges douces
dans les orangers
Nous irons goûter
la gomme arabique
et respirer l’encens
des arbres d’or
Nous irons
frotter nos poitrines
aux feuilles du camphrier
Nous irons retrouver
la douceur de vivre
sous le cèdre du Liban
et nous verrons refleurir
la nigelle de Damas
sous le pin d’Alep
Jean-Claude Touzeil
Les tweets du pinson et autres aléatoires
Gros Textes, 2018
D’où tombe-t-elle la goutte de poésie
Peut-être bien de mes yeux
Ce serait une larme de joie
Qui viendrait vivre
Sur mon papier
Pierre Albert-Birot
Petites gouttes de poésie avec quelques poèmes sans gouttes
møtus, 2017
Depuis que
Je vends des bonbons
En sachets que je remplis
Moi-même
Moi qui n’ai plus droit
De goûter au sucre
J’ai remarqué l’importance
Du papier
Du bruit à la fois
Sec et moelleux
Rond et sensuel
Du sachet que je tords
Pour mieux le fermer
Tout mon plaisir se porte
Maintenant
Sur ce modeste
Craquement que je n’avais
Jamais
Entendu
Auparavant
Dan Bouchery
Les éphémères
Soc et Foc,2009
Émotions
J’ai pris le jardin dans mes bras
Les pelouses par la taille
Adossé à la colline le village riait
La lumière à saute-buisson
Se vautrait dans l’herbe
L’ombre inventait des jeux d’échecs
Sur les sentiers ocrés
Le vent ne parlait pas
Il écoutait la poésie sonore
Des goélands
Solfège de l’invisible
Et moi je saisissais l’instant
Dans ma besace de mots
Afin qu’un peu de ce présent
Perdure au-delà de mon pas
Béatrice Libert
Poèmes pour aimer le monde
Voix Tissées, 2026
Mon jardin est un liseron bleu.
Le matin, il rit et me parle à l’oreille.
À midi, il a le goût de source fraîche et de miel.
Le soir, si je suis triste, il m’ensoleille.
Mon jardin et moi c’est pour la vie
On sème fort.
Michèle Lévy
in Jardin(s)
Donner à Voir, 2019
La tendresse
C’est une île au milieu de ton cœur
La tendresse
C’est un souffle à travers un silence
La tendresse
C’est une main qui se tend quand on pleure
La tendresse
C’est un mot, une lumière, un océan.
La tendresse
C’est un fleuve qui relie les êtres
La tendresse
C’est le vent qui chasse la tempête
La tendresse
C’est un doigt qui se pose sur tes lèvres
La tendresse
Ce n’est rien, rien du tout, mais c’est tout.
Michel Lautru
Poèmes en liberté
Chanson Poésie Orne
Il y a longtemps
Il y a longtemps
très longtemps
que je t’aime
avec l’amour secret
des racines qui aiment,
avec toutes leurs forces, la terre,
jusqu’à exploser en fleurs.
Humberto Ak’Abal
Le gardien de la chute d’eau
L’Harmattan, 1993
À l’écoute
Les bruits,
le dictionnaire les énumère
murmure,
clapotis,
bruissement,
crépitement,
bourdonnement,
ronflement,
tapage,
fracas…
jusqu’au chuchotis de mon cœur.
Chantal Couliou
Petits bonheurs
Le dé bleu, 1999
J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu
L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue
Je ne te quitterai plus.
Paul Éluard
in Le livre d’or des poètes / 3
Anthologie par Georges Jean
Seghers, 1973
Écoute
le coucou
de mon cœur
À chaque heure
il est je t’aime
À chaque jour
il est amour
à remonter
Joël Sadeler
Le nœud coulant
L’épi de seigle, 1995