27 poètes, 27 moments pour le silence…
Claire Kalfon | ||
Silencieusement Un animal avec ses souvenirs presque imperceptible Marie-Claire Bancquart | ||
| Comme une lune rousse en repos sur l’étang, la face blême du poème frémit, tremble et grelotte en attente des mots qui apaisent la peur. C’est le moment où l’ombre déchiffre à voix basse la calligraphie brouillonne des écorces griffées. Chimères et mystères volent autour. Paul Bergèse in « instants de forêt » | De jour en jour moins assuré le lien des mots se défait Je refuse La saveur du savoir Marie-José Christien (inédit) | |
Il n’y a pas de silence trop étroit ou trop grand…il y a le silence, celui qui prend toute la place des heures des jours des mois qu’on ne voit plus le silence à tout rompre d’une vie à côté d’une autre le silence qu’on décide parce qu’on ne peut plus le silence qu’on te donne par la seule présence d’un corps le silence qui s’essuie les pieds sur les coeurs qui s’effritent. Franck Cottet extrait de « Silences », in « Miroir voilé miroir », éd Clarisse, 2010 | ||
| Le silence est l’écaille la plus glissante des poissons. Thierry Cazals in Le rire des lucioles (Opales) *** Dans le métro bondé Thierry Cazals « La volière vide » (L’iroli) | il observe en silence les montagnes de livres qu’il a lus qu’il a aimés il en prend un au hasard un qui s’ouvre seul sur un poème entouré au crayon marqué de trois étoiles un poème inoubliable et déjà oublié. Georges Cathalo (inédit) | |
| Les instants s’arrêtent entre nos pas, entre les corps de la nuit. Il est temps de laisser venir la fraîche aux lèvres et le pesant du ciel sur les paupières. Çà et là quelques nids de silences s’étonnent : tu portes au front la lampe des signes qui mènent aux clairières. Septembre nous surprends à l’à plomb des étoiles. Parle ! Ne laisse pas nos folies sans écho. Demain loge dans la fouée de ta voix. Gérard Cousin (inédit) | ||
| Silence d’automne Dans mon champ Je goûte cet instant Cécile Gagnon (inédit) | Grâce des mots Dans le silence vert et jaune Des bouches Comme des rivières Au loin Rouge du sang Grâce menaçante Erwann Gourmelen (inédit) | |
| Silences J’ose plonger dans les pétales Où aller ainsi en silence ? Un horizon de miel avance. L’aile et l’île se sont baignées Je m’approche des papillons, Un bouquet blanc en fleurs de cygne Le fleuve des rêves s’allonge, J’ose plonger dans les silences. Un horizon de miel avance. Christine Guenanten | ||
Petit garçon silencieux Tombé de la grande Ourse Luce Guilbaud | Trois pommes hiver un compotier couleurs à la croissance aussi mais invisible silence au centre sur la table la chimère d’un mot revienne à sa forme parfaite Georges Guillain | |
| J’observe dans l’ombre La nudité naissante de l’aube Des assemblages rougeoyants je vois s’ouvrir Les lucarnes creuses où chacun se transforme La couleur des visages au réveil Celui de poursuivre contre toute aurore Benjamin Hopin | ||
| je suis debout sur la cime du mercantour encore une fois je ne me lasse pas de vivre de marcher des silences de ces paysages sur ce pierrier le silence est total minéral parfois bancal seul signal sonore pour une vie en marche le choc d’une pierre qui bouge sous le pied un corps en déséquilibre mouvant en marche pour une joie équilibre Patrick Joquel (inédit) | silence TOUT Dan Bouchery (inédit) | |
L’oiseau envolé Christophe Jubien | ||
Le silence est d’une implacable sincérité Ghislaine Lejard Extrait de Parler la solitude- éditions Henri Pinson | Des signes dorment entre nos mains de papier Des signes faits pour le silence Et lorsqu’ils se mettent à trembler Si peu. Marilyse Leroux (Le temps d’ici – inédit) | |
| Un mot très nu s’avance vers le soir, Un frêle esquif où l’enfance a raison. Ne brusquez pas son pas, Faites corps à sa voix. Si son silence grésille, c’est signe d’utopie. Béatrice Libert (inédit) | ||
| Le cri Un grand clown blanc hurle à la Dans la nuit noire résonne le cri du Les abonnés au silence retrouvent extrait de L’Affûteuse, © éd. Rougerie, 2001 | Tant de mots secret Martine Morillon-Carreau (première version parue dans la revue 7 à dire) | |
| Qu’il y ait à peine un peu de bruit comme quand on laisse le soir sans savoir si Qu’il y ait à peine dont on tiquèterait Jacqueline Persini-Panorias (inédit) | ||
| Fraternellement Gravés sur une pierre, Je ratisse Voilà le peu Tu aurais dû Morgan Riet | Simple À la fin Jean-Claude Touzeil In « Silence » (Silence production) | |
Silence Si le silence t’invite, Ouvre le toit, Œuvre à petits bruits, C’est une musique, Un concerto De ta défense. Écoute et vois: Béatrice Libert, Dans les bras du monde, | Le silence parfois est un chant se taire la planète n’est que tumulte Je m’éloigne dans des nuits Colette Andriot (inédit) | |
| défaits les champs au terme de l’âpreté du jour éloge des dernières âmes tandis que blesse la comédie du monde c’est un point dans la fixité de l’instant la subtilité de ce qui vient lacère tous les gémissements forment un lac des murs coule du lait de chaux dans cette position, démentir le corps parle à la déraison soustraire le visage hors du commun pousser les bras ouverts à quoi on tient encore avec la chaleur en soi et nous ne nous appartenons pas entre la bouche et le silence un désir vient l’image disparue ne pas douter le langage habite celui qui n’a pas de nom la main sous la peau ouvrira une vallée dans le tremblement de la frontière derrière le rideau de l’ordre la dilatation des mots presse le silence ils surgissent là, dans le chant échappé tout ce que la déviance rate se fonder dans le déliement Valérie Schlée Extrait de « Le silence en soi un galet » |