Béatrice Libert – fiche auteur
Éléments de biographie
Béatrice Libert est l’auteur de poèmes, récits, nouvelles, essais, livres pour la jeunesse et livres d’artistes. Dans une vie antérieure, elle a été professeur de français et de théâtre. En 2004, elle a fondé le Festival des Arts à Cointe, dans la ville de Liège dont elle a reçu, en 2017, le titre de citoyenne d’honneur. Elle anime aussi des ateliers d’écriture et vit en Wallonie.
Éléments de bibliographie
Une quinte de toux, nouvelles, Murmure des Soirs
Dans le dos de la nuit, poèmes, L’Atelier du Grand Tétras
Voyages à perdre haleine, poèmes jeunesse, Møtus, illustration de Kotimi
Cécile Miguel et L’âge d’or là je dors, essai, Le Taillis Pré
Le Magrittaire, essai, Couleur Livres
Comme un livre ouvert à la croisée des doutes, photos de Laurence Toussaint, Le Taillis Pré.
Poèmes inédits de © Béatrice Libert
Extraits de « Jusqu’à la transparence du noir » Décembre 2025
Aile
Je n’entre pas dit le poème
Je reste sur le seuil
À saluer le temps qu’il fait
À me laver les mains et le visage
Dans le langage qui passait
Je pose juste un vers ou deux
À la fenêtre
L’aile d’une enfance
Le peu d’une parole
Qui n’a pas consenti à l’amer
Et je m’en vais
Non sans avoir pris de vos nouvelles
Non sans avoir porté un peu de ciel
Aux lèvres des passants
Aire
Sans la solitude assise à ta porte
Pourrais-tu écrire ?
Pourrais-tu entendre migrer le temps
Et l’ombre s’unir à la clarté
Sous les lampes muettes ?
Pourrais-tu sortir ce qui dort à l’envers
Dans la gousse du blanc
Pour atteindre ce que tu ignores
Et pourtant te construit dans le tumulte ?
Solitude-berceau où tout prend vie
Malgré l’indifférence cousue main
Aux blasons de la mode
Appui
S’appuyer sur un doute
Est-ce élever un mur ?
Est-ce monter une barrière
Ficher une clôture
Bâtir un rempart ?
N’est-ce pas plutôt
Ajouter de l’inédit au déjà vu
De la vie à l’inerte
Et de l’encore à ce qui prend fin ?
Ralenti
La vaisselle traîne encore sur la table
Tandis que le soir s’invite au plafond
Étrange impression de ralenti
Comme si les heures renonçaient à vieillir
Comme si s’était endormi sur lui-même
Le souvenir d’un jour fade
Traversé d’abois de chiens
Et d’angoisses pourries
Comme si s’arrêtait la pellicule
D’un vieux film en noir et blanc
Comme si avancer ne servait plus à rien
Pas même à nouer les lacets défaits
De ses chaussures
Coquelicots
Les coquelicots te rassurent
Comme une obole majeure
En saison de disette
Tu les en remercies secrètement
Leur rouge vibrant te transperce
Et tu t’ouvres à leur intensité
Comme une ombre à la clarté
Leur nudité te crie d’absoudre
Ceux qui sont sans chemin
Et de copier cent fois
Je demande pardon à la rose
De préférer le coquelicot
Tout
Chaque jour de la semaine
Est une tranche de pain complet
Du lever au coucher
On tartine ses incertitudes
Sur la mie qui tient à sa croûte
Comme à une ancienne plaie
Chaque jour a sa cicatrice
Et sa cerise sur le gâteau
Il suffit pour les voir
D’ouvrir d’autres yeux
Ceux que la nuit a dérobés
Pour en éclairer son ciel d’ombre
Et de redire j’ai peu
Mais j’ai l’immense
Tu es là
Sinon
Aucune route ne se ressemble
Sinon tu te perdrais
Aucune heure n’est pareille
Sinon tu serais morte
Aucune raison n’est évidente
Sinon tu ne serais pas libre
Aucune fin n’est écrite
Sinon quels seraient tes moyens
Alors va vole vise et vis
Tu viens tout juste de dire oui
Absence
Quand tu n’es pas là
Je suis un vase sans fleurs
Un divan sans bras
Une lampe sans halo
Un chemin sans regard
Un champ sans épaule
Un lit sans drap
Quand tu n’es pas là
Je n’ai d’autre horizon
Que moi-même et bute
Sur le pavé incertain
D’un poème sans issue
D’une issue sans poème