Genova
Ce soir la mer
Etait d’un silence théâtral
Seule sa couleur
Hameçonnait le regard
Bleu marine velours d’encre
Et comme vernie cirée laquée
Tous les adjectifs échouant sur la grève
Pour qualifier sa lueur hypnotique
Une heure plus tard
Il n’y avait plus de mer
Elle avait été complètement
Avalée par la nuit
Eau et ciel confondus
Faisant corps dans l’obscurité
Et si tout n’était que lumière
Aveuglante ou éteinte
Comme une réponse
À toutes nos questions
À tous nos oublis
Nous traversons le paysage
Une fois de plus
Et nous n’avons aujourd’hui
Qu’à observer ce mouvement du temps
Qui coupe en deux l’ordinaire d’un jour
Du nord au sud
Attraper au vol la courbe d’un chemin
Qui mène on ne sait où et pourquoi
Je ne compte plus
Le nombre de pentes et de griffures
De bosses et d’entailles
Dans ce vert permanent
Qui me tient lieu de parapet
Comme regarder la mer jusqu’à plus soif
Le poème se tient là
Avant la langue habile
A l’écart du sens déployé
Il s’écrit sans mots
Il s’écrit sans moi
Es-tu libre demain dès l’aube?
Libre de plier bagages
Déplier tes ailes replier les jours
Es-tu libre à l’heure de la soif ?
Libre de sauver un quartier d’orange
Quand tant d’autres ailleurs
Sont détruits
Es-tu libre avant qu’il ne soit trop tard?
Libre de bâtir encore à ton âge
Un château de sable instable
Et en remettre une dernière couche
Es-tu libre au coucher du soleil ?
Libre de douter à l’ombre d’un catalpa
Entrer dans la nuit et en ressortir
Avec quelques étoiles sous la semelle