Claude Cailleau – JE, TU, IL

Claude Cailleau – JE, TU, IL

Claude Cailleau – JE, TU, IL

Page de couverture du livre de poésie de Claude Cailleau, JE, TU, IL

Voici quelques extraits du livre JE, TU, IL

5
Vendredi. Ouvrant l’œil à peine… jour de pluie. La gouttière dégorge en gros sanglots. Ivre, ayant bu l’azur (c’était hier ou bien demain), je pèse mes hivers, vais, viens, repars, me perds dans l’infini du temps. Quête sans fin. Cette fois encore, dans les pas de l’enfant qui visitait l’inconnu du futur, traînant derrière lui des grappes de rancœur. S’y perdait. S’y retrouve aujourd’hui, étranger aux regards. Se demandait déjà quand tomberait pour lui le grand rideau du théâtre de la vie.

8
Tu te souviens pourtant. En ce temps-là, les enfants s’en allaient à pied, en bandes, vers l’école ; les galoches de la guerre étaient lourdes aux pieds et la bise, l’hiver, pinçait la peau nue des genoux. Mais toi le petit, tu avais le temps, tu avais le temps ; tournant le dos au maître, tu voyais par la fenêtre s’éloigner les chemins. La vie, c’était plus tard. La vie, c’était demain. Maintenant que tu as vieilli, tu restes en ta maison, voyageur arrivé au gîte. Assis devant ta cheminée, tu regardes le feu ronger doucement le bois de ta vie, le futur devenir du passé.

12
Le soleil glacé, narquois, dans l’hiver s’allège des regards curieux, le crépuscule tombe en neige. Devant moi, la fenêtre, négligemment, retient le paysage. Mais sous les regards, soudain, l’écran se vide ; plus de son, plus d’image. L’horloge elle-même marque une pause. J’étais, autrefois. Je marchais dans ma vie, oublieux des jours que le temps efface inexorablement. Gamin, pauvre entre les pauvres, je marchais pieds nus sur les sentiers de l’aube, la tête pleine de mots qu’emporterait la mer en des courses lointaines. Maintenant que ma barbe a pris sa couleur d’automne, comment pourrais-je oublier mon âge ?

25
Puis il y eut le vent, une tempête au cœur de la pluie. Je me souviens… Quand le silence pleut sur la plume levée qui grattait le papier, écoute, écoute un peu… Les racines remuent dans le passé du texte ; un vent d’orage balaie les mots qui dormaient quelque part. L’avant-dire où puiser de faux alexandrins, des vers lourds de feintise. Un chant s’éteint dans l’ombre. Ce n’était que le temps qui venait, comme une mer, pleurer à flot menu sur la page.

29
Une blessure s’ouvre en toi : ce soir, il ne viendra personne. Des pas traversent les ténèbres, d’hommes qui ont à vivre ailleurs. Tes mots déchirent le silence de la feuille, griffent l’attente où tu te noies. Ah, qu’un seul pas pas dans la ruelle crève l’écran de la fenêtre ! Étonné de te sentir si las, tu murmures : à quoi bon cette main qui court sur le papier, quand l’heure vous poursuit, vous étouffe ? Une vieille habitude, dis-tu aussitôt, c’est que j’ai encore cette nuit à parcourir.


32
L’enfance vit toujours en toi, comme un reproche… Ils étaient vieux, tu étais jeune. Ces ombres venues des ténèbres parlent encore à ta mémoire. Ils sont vêtus de terre noire, drapés de nuit. Ils ont un jour quitté le monde et leur vie dans l’aube rouillée, battue de pluie. C’est le hasard, disais-tu, la mort qui nous guette. Et tu riais dans le soleil.

35
Tu suis l’étroit sentier herbeux qui ne mène, silencieux, qu’au bout de tout, au bout de rien, et ne finit que pour finir. Tu écoutes parler le vent, de ces paroles qui voyagent entre les troncs de la forêt. L’automne y fait saigner tes rêves. Tu suis l’étroit sentier de vie. Le vent qui souffle y embroussaille tes mots de hasard que tu jetais au ciel, pour rien : nul ne les entendait.

37
Un matin comme les autres dans le quotidien de l’homme. Non loin, le cahier, ouvert depuis la veille, et les livres… Le café fume dans les bols. La fenêtre absorbe le paysage. Fragile épée de chair, un oiseau fend la vitre en traversant le ciel. À la cime de l’arbre, des lambeaux s’effilochent : c’est le vent qui déchire le tissu flottant des nuages. Abandonnant le journal, tu quittais un monde pour un autre, à l’écoute du grand mystère. Le vent de la déroute n’atteint plus que ton double.

Pour prolonger la lecture, vous pouvez aller lire la note de lecture du livre JE, TU, IL rédigé par Alain Boudet.

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