Gérard Lemaire

Gérard Lemaire

Éléments de biographie

Gérard Lemaire (1942-2016), né à Saint Quentin (02) dans une famille modeste, se définissait comme poète, poète prolétarien. O.S. tout poste rebelle, il a voyagé avec 3 sous en poche (Israël, Amérique latine, Canada, Maghreb) ; il s’est inscrit au PCF (1966-1969). Il a commencé à publier de la poésie en 1972 et n’a plus cessé : des volumes de poésie, des poèmes dans des revues (200 d’entre elles), des textes , non publiés, « Journal d’un chômeur » chez Fédérop en 1976, un mémoire sur Panaït Istrati en 1983. Le fil directeur de son œuvre : l’injustice sociale ; il croyait à l’importance de la poésie pour dire et dénoncer les choses et même les changer mais il savait qu’elle n’était pas écoutée. 

 

Portrait de Gérard Lemaire

Éléments de bibliographie

1972 : « En travers de la main » en souscription aux éditions Saint Germain des Prés ; 300 exemplaires ; repris par Jean Marc Carité cette même année

1972 : Faméliques Bouif’s Club

1973 : Poèmes par Jean Marc Carité Utovie

1974 : L’aveu et le rictus par JM Carité Utovie

1975 : Sommeil qui hurle Plein Chant

1975 : L’ouvre-monde Apostrophe

1975 : Permanence et immanence du feu Revue Panique n°18

1976 : Quelques veilleurs quelques flamboyants Le Crayon Noir

1976 : Journal d’un chômeur Fédérop (2000 exemplaires)

1977 : Transits sur une heure sud-américaine L’Atelier du Gué

1982 :  L’Ékranré Polder/Décharge

1983 : Flammes et hommes Caractères

1997 : Huit sur un toit Absurde Crépuscule – Collectif

1997 : Dans l’île aux bagnards Le Ravachol – Éric Benson

1998 : Appel au vide Hélices

1999 : Quelque part ils ont tué le peuple Les Deux-Siciles

2000 : Devant le monde, le poète Éditions Alzieu – Collectif

2000 : Un remous plus fort que le fleuve Les Deux-Siciles

2000 : Une buée ivre Le Contentieux

2000 : Il était temps Enitram – Collectif

2001 : La vérité dispersée Le Givre de l’Éclair

2001 : Les dolmens de sable Le Nœud des miroirs

2001 : Traquedèche On @ Faim

2002 : Le style naufrage Les Deux-Siciles

2004 : Volutes Proscrites Les Deux-Siciles

2005 : Jeudi N°7 Enitram Tréab

2006 : Les socles du vent G.R.I.L.

2010 : Nécessaire crier longtemps La sève

2011 : Ensemble Stardust Memories Production

2014 : Fenêtres sur plumes Éditions du Petit Pavé – Collectif

 

2017 : Une flèche taillée par le vent Marie Josèphe Lemaire

2017 : Onze poèmes Marie Josèphe Lemaire

2017 : Demain poésie Voix Tissées – Collectif

2019 : Gérard Lemaire, un poète à hauteur d’homme Robert Roman, le Contentieux

2019 : Bilan d’une adhésion au P.C.F. Marie Josèphe Lemaire

2021 : Mémoire de maïtrise en littérature française, dédié à Panaït Istrati (1984) A.P.L.O. (numérique)

2022 : Les inédits de Rimbaud, c’est nous  Douro – collectif

2023 : Pourquoi écrire ? Suivi d’Un long balbutiement  Unicité

2025 : Correspondance, poésie, art postal, Gérard Lemaire et Pascal Ulrich Le Contentieux

           Si ce n’est plus l’humanité  Palestine, Gaza, Djénine // poèmes, 1995-2015 Unicité

Où est le refuge
Dans les moissons

Où éviter le pire
Dans un moindre mal

Sois offrande
Et meurs

Sois rivière
Qui coule traversant

Ces yeux t’accompagnant
Te le diront

Verse l’ondée
Pour l’esclave

Comme cette pluie
Sur la mer

Gérard Lemaire, 2004

Un poème peut-il ouvrir une porte
Faire baisser un fusil
Réparer une injustice
Donner du courage à un enfant

Peut-il éclairer une rue ou un village
Rendre le sommeil à l’insomniaque
Jouer d’une guitare
Traverser les océans

Ou bien reste-t-il lèvres mortes dans un cahier
Jeu de syllabes pour privilégiés
Tambour crevé dans les décharges
Avorton paralysé sur une scène de théâtre
Ailes de papillon dans les charniers

Gérard Lemaire, 2001

Pascaline avec son violoncelle
Elle regarde intensément la salle devant elle

S’interroge-t-elle sévèrement tout-à-coup
Les gens n’y peuvent rien derrière la scène

Pascaline a un prénom si joli
Elle se demande pour qui elle joue

Sur le bel instrument posé sur ses genoux
Tirant si lentement l’archer

C’est une pièce qui n’a ni queue ni tête
Ni début surtout ni surtout fin

Un matin elle a disparu de la route
Un camion l’a embarquée dans le fossé

Et elle avait tout pour elle
Des cheveux des yeux des jambes elle semblait incroyablement à l’aise

Gérard Lemaire, 2014

Je ne vois que cet enfant blessé
Sur la page du journal
Ses yeux noirs immenses
Si intenses sous le bandage blanc
Qui m’empêcherait de parler de lui
Malgré ces cris guerriers qui retentissent
Malgré ces ravages follement brutaux
de la fausse parole partout
Voilà tout le sentiment là
Voilà tout ce quotidien d’une abomination
consentie
Et l’effrayante banale injustice
Frappant le plus faible et le plus innocent
Au nom de quel Dieu
Un homme oserait s’avancer dans le prétoire

Gérard Lemaire, 2003

Toute minute signe une détresse
Je la cache au fond d’une poche trouée

C’est un continent inexploré à jamais
Aucun poteau indicateur / aucune balise sérieuse

Cette navigation rend fou – automatiquement
Une détresse pire que le désespoir
et reine du monde

Elle ne peut rien inventer
Je la sens là
Brutale d’un instant à l’autre

Où poser son corps / peu utile
C’est à ne pas y réfléchir

Le monde moderne va son train
Qu’aucune vraie volonté ne remet surtout pas en question

Comment ne pas condamner ceux qui ne
comprennent pas la détresse immense

des gens qui cherchent la moindre explication

Gérard Lemaire, 2015

J’ai encore traînant
Ce très vieil autobus en morceaux bariolés
dans la tête
Plein de jeunes cinglés rigolards
aux tignasses rouges
Qui font des gestes tellement obscènes
Aux flics caparaçonnés
Aux parcmètres
À la rue déguisée en crevasse tonitruante
Moi je monte à fond de train dans ce wagon fou
Pour percuter les espaces
Toutes les galaxies trouées dans leur nocturne
abandon
C’est l’autobus de la Fête – un véhicule dans
une brume mythique
Avec James Dean au volant – les lunettes noires
posées sur le nez
Il y a Ken Kesey et Sylvia Plath sur la
plate-forme les bras en l’air
C’est l’Amérique de demain qui fonce vers sa
propre rencontre
Jack London et Upton Sinclair derrière le
chauffeur
et tant d’autres
Peut-être qu’ils vont aller droit à Washington
remettre de l’ordre dans les pots de fleurs
Dans les massifs d’entournures
Des embrouilles monstrueusement carabinées
Les frontières sont devenues tellement étroites /
Le Mexique n’est plus une alternative…

Gérard Lemaire, 2002

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