Joël Sadeler – Poèmes poivre et ciel
Présentation du livre Poèmes poivre et ciel
Le poète
Joël Sadeler est né au Mans en 1938. Professeur dans un collège et animateur en poésie particulièrement dans les écoles, les bibliothèques, il a publié de nombreux recueils de poèmes pour tous les âges. On le rencontre dans une multitude d’anthologies destinées aux enfants.
Le livre
A propos de tout, de l’école, des arbres, du temps qu’il fait, des rêves et des voyages, Joël Sadeler fait partager son regard malicieux, ses tendresses cachées, son plaisir de dire les choses autrement.
Ces « Poèmes poivre et ciel » sont pour vous.


Extraits de Poèmes poivre et ciel
Le livre
Le livre est un oiseau
il fait son nid
dans le cœur des hommes
et ses petits
sont ces mots
que je nomme
Elle
Elle me donne
Rendez-vous
Derrière le portail
D’une école
Dans une gare
Où personne ne descend
Elle trace un chemin
Qui se brouille
Où je me perds
Elle laisse un mot
Sur la table
Je reviens tout à l’heure
La magie est dans le frigidaire
Elle appelle la nuit
D’une cabine invisible
Avec des lettres
Elle fait son numéro
La poésie
Si
Si tu ne vois pas
que mes bras
parlent au vent
la langue
des moulins
que dans ma tête
le piano
des mots
joue
une musique
d’impatience
Si tu ne vois pas
que le marteau
à la pointe
préfère parfois
le charnu de mes doigts
que je roule ma vie
bien plus que la vie m’a roulé
Si tu ne vois pas
que moi aussi
de la marelle
je cherche
le ciel
en poussant
le galet
des jours
Si tu ne vois pas…
Regarde avec ton cœur
Miettes
Un oiseau
Sur la portée du balcon
Ainsi qu’un enfant
Au bord du plongeon
Chante-t-il jusqu à si »
Avant de s’envoler
Picorer les miettes
Du dernier dîner ?
Le ciel
Quand le ciel
se fait la barbe
La mousse des nuages
est toute noire
Et la lame de l’orage
rase son visage
En un éclair
Grondements
Quand gronde l’orage
vers le soir
c’est que le menuisier du ciel
un peu las
rabote trop rudement
ses nuages
Chansons pour des marins
Et ceux qui rêvent d’Amérique
Sur les remparts de Saint-Malo
Leur regard au-delà de l’eau
Accrochant les buildings à fric
S’habillent pull-marins cirés
Barbe sauvage et pip’ d’écume
Dans les yeux des îles qui fument
Dans les poch’ les heur des marées
Z’ont la tête dans les haubans
Se prennent pour SurcoufJean Bart
Parlent de leur prochain départ
De grands voiliers et de forbans
A coups de gueule à coups de rhum
Ils s’embarquent pour les Antilles
Pour une heure pour une fille
Sur le pont des bars sont des hommes
Dans la mémoir’ des peurs qui tanguent
Des ports qui ne savent plus l’heure
Et des matins qui sont des leurres
Et des marins dans tout’ les langues
Leurs rêves tournent dans leurs verres
Leurs pas en rond sur les pontons
Et la voile des illusions
Reste à quai le cœur en travers
C’est pas sorcier
C’est pas sorcier
d’être sorcière
un balai
une serpillière
des yeux de vipère
et vous voilà
dans les airs
pas peu fier
de filer
à la barbe
des étoiles
de siffler
aux oreilles
des cosmonautes
qu’on peut voyager
à bien peu de frais…
Choisissez…
Choisissez un nuage bien frais assorti au papier peint de votre chambre
Repassez-le au fer-vapeur en prenant soin de bien aplatir les faux plis des pluies et la dentelle des orages
Parfumez à la lavande des siècles et aux légendes de Provence
Puis posez-le délicatement sur le lit sans border
Glissez-vous dans la mousseline des rêves
Et vous passerez une nuit-coton !
N’écoutez pas
Dans l’arbre assises sagement en rond
Les pommes suivent avec attention
Du vieux pommier les recommandations
N’écoutez pas le vent
Car c’est un beau parleur
Il vous promettra le mariage
Des cadeaux ou de grands voyages
Et vous rougirez de bonheur
Il vous promettra le soleil
Et du monde les sept merveilles
Il vous promettra croyez-moi la lune
Comme il a fait aux pêches et aux prunes
N’écoutez pas le vent n’écoutez pas le vent
Il finira toujours par vous laisser tomber