L’enfant partagé – Joël Sadeler

L’enfant partagé – Joël Sadeler

L’enfant partagé de Joël Sadeler

Présentation du livre "L'enfant partagé"

Un enfant  » partagé  » entre une mère et un père qui  » ne font plus la paire  » découvre le monde avec un cœur, toujours  » entre deux portes « , qui ne demande pourtant qu’à aimer doublement. La réalité est là, le monde des adultes est bien difficile à comprendre : l’autoroute tue, le racisme aussi, même le Père Noël a  » les chaussures du père de Benjamin « … A qui se fier ? Cependant, la détresse devient tendresse, les pleurs des fleurs comme celles qui pétillent  » l’arbre-champagne « . Grâce aux mots du poète qui sait panacher le sérieux et la fantaisie, l’humour et la dérision.

Portait de Joël Sadeler

Voici quelques extraits du livre "L'enfant partagé"

Sur la feuille de papier
tu dessines toujours
deux maisons

rondes
comme des joues

entre les deux
une passerelle

pointue
comme un nez

une maison
pour les baisers de maman

une maison
pour les baisers de papa

et ton cœur
entre deux portes

Tu me dis
que tu n’aimes
ni le noir
ni le gris
le jaune ne se voit pas assez
et le rose est trop timide
Tu préfères
le bleu-fumée-de-cheminée
et le rouge-auto-de-papa
Tu as déjà
les idées et les couleurs
bien arrêtées
Un jour tu apprendras
que les couleurs
et les hommes se mélangent
et le monde alors est bien plus beau

Je te tiens la main
et nous sautons les vagues
vagues-vanille
vagues-chocolat
vagues-menthe
vaguement
je te mens
pour t’entraîner toujours plus loin
mais quel goût aura
la dernière vague
celle que tu affronteras seul
face à l’infini ?

          Tu me grondes
parce que j’ai les doigts
          de toutes les couleurs
          noir-chocolat
          ou jaune d’oeuf
parfois blanc-yaourt
          ou rouge-fraise
et même bleu pétrole
          Tu me grondes
          et tu me trompes
Mes doigts je les ai trempés
          dans l’amitié
          des mains
          des enfants
          du quartier
          des enfants
du monde entier

Ce que tu feras plus tard
tu ne le sais pas

On te propose d’être
chercheur ou avocat
– comme papa –
comédien pâtissier
aviateur pharmacien

Tu ne dis rien
mais tu penses
je serai trouvère ou trouveur
ce qui à dire vrai
est la même chose

Dans le ciel
nuages-poivre
nuages-sel

tu te demandes comment
sera assaisonnée
la journée
à quelle pluie
elle sera mangée

Sur la glace
de la patinoire
il trace
un labyrinthe d’argent

Je dessine les cheveux
de ma mémé
dit l’enfant sur un pied

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