Les bruits de la nature – les oiseaux
Introduction
Les bruits de la nature invitent à une rencontre entre les mots et le monde vivant.
Ici, chaque poème se déploie dans l’écrin d’un paysage sonore : le murmure des vagues, le frisson des feuilles, la pluie qui s’égare sur la terre…
Ferme les yeux, écoute, lis : que le poème t’enveloppe comme une brise ou une marée.
Cette rubrique est une respiration — un chemin où la poésie se mêle au réel pour rappeler que la nature parle, si l’on prend le temps de l’entendre.
Bande sonore
Bande sonore sur le chant des oiseaux pour vous plonger dans ces poèmes.
Selection de poème sur le thème des oiseaux
Les oiseaux
J’ai un oiseau dans l’âme et un autre dans le corps
C’est toi qui les a réconciliés
Toi qui les a nourris et rassurés
C’est toi qui a ouvert la cage
Et c’est pour toi qu’ils chantent encore
Ce sont leurs plumes entre nos corps
Et sous la pulpe de mes doigts, quand je trace tes contours
On sent leurs battements de cœur
Il y a leurs loopings dans nos rires
Leurs deux billes noires dans nos craintes
Il y a leurs cris dans nos hivers
Et sur la neige de nos deux vies, s’inscrit la trace de leur passage
Dans mes ciels volent des oiseaux
Les tiens, les miens et tous les autres
J’ai ouvert toutes mes cages
Grâce aux clefs que tu m’as données
J’ouvre grand les yeux du cœur
Mes quatre saisons se réveillent
J’entends le chant de nos oiseaux
Et là-bas,
L’envol immense des hirondelles.
Flora Delalande
L’oiseau survole
L’abri des saisons
L’abri des années
L’abri des couleurs
Les stations de l’attente
L’oiseau va plus loin
Que le rêve ouvert d’une fenêtre
L’oiseau s’en va.
Jaleh Chegenin, in Oiseaux – Bacchanales n°41 (2007)
Le canari
Dans sa cage d’osier,
Le canari attend
Un rayon de clarté.
Puis il entame sa mélodie
Plus forte ou plus douce
Selon son cœur.
On dirait une longue phrase
De syllabes musicales
En langue canarie.
Qu’il soit gris, jaune ou blanc,
Le canari est épatant !
Béatrice Libert, Au grand bal des oiseaux Abécédaire poétique
Appel
Le merle appelle le merle
et le merle lui répond
La mésange trille
pour une autre
et son chant lui revient
L’alouette fige au ciel
son chant bleu et immobile
Mais
l’enfant qui les écoute
l’enfant
seul
qui interpelle
dites-moi
qui l’entendra ?
Alain Boudet – Quelques-un(e)s – éd. Henry (2020)
Frise
Oiseaux
ciseaux du ciel
Vous découpez
les nuages
en ribambelles
de petits bonshommes
qui dansent
autour du monde
en se donnant
la maintenant
Oiseaux
ciseaux du ciel
Jean-Claude Touzeil – Un tour de plus – éd. Donner à Voir (2010)
Sur le sable mouillé
Une envolée de calligraphies.
La mouette est partie
Sans nous dévoiler
Les mystères de son écriture.
Le message restera secret.
Chantal Couliou – Le chuchotis des mots – Ed. Les Carnets du Dessert de Lune (2016)
Comptant les oiseaux
je connais la mésange
la tourterelle
et 358 sans nom
survolent mon jardin
Françoise Loquety – anthologie « Tous ces visages au creux des paumes » – éd. La Lune bleue (2024)
Elle a accroché ses lignes entre deux mondes. Une façon de mesurer le silence dont tout le monde parle. Et oublie.
Elle se demande : « S’ils se posent aussi délicatement, est-ce que mes mots leur ressembleront ? Et eux ? » Les oiseaux se moquent de la question. Leur chant est autre et autre leur respiration.
Elle pense : difficile d’être un oiseau. Si banalement poétique. Aucune de leurs lignes ne ressemble à une autre. Aucun écart.
Marilyse Leroux, poèmes inédits
L’équateur
L’océan est d’un bleu noir le ciel bleu est pâle à côté
La mer se renfle tout autour de l’horizon
On dirait que l’Atlantique va déborder sur le ciel
Tout autour du paquebot c’est une cuve d’outremer pur
Blaise Cendrars – Au cœur du monde (Poésies complètes : 1924 – 1929) – éd. Poésie / Gallimard
On regarde la mer
sous nos yeux
à ne rien faire
à battre comme un cœur qui bat
on regarde la mer
poser ses lèvres sur la terre
sur nos pieds nus
avec toute cette fatigue
elle paraît si vieille aujourd’hui.
Franck Cottet – Sans raison apparente (2005) – Éditions Gros Textes
Oiseaux de la mer
Vents froids
Vents d’hiver
criblant le ciel gris
d’oiseaux en partance
vers quelques nuages
où la joie se cache
Sternes des rivages
goélands des grèves
et mouettes signant
des gerbes de rires
au pied du soleil
Oiseaux de la mer
éprouvant leurs ailes
dans le mouvement des vagues et du vent
du large à la terre.
Alain Boudet La volière de Marion – Éditions Corps puce – 1989
Des oiseaux dans le cœur
« J’ai peur que tu me couses les ailes
Avec ton fil et ton aiguille
Moi je veux des tissus de ciel
Pas des patchwork de pacotille
Tu sais
On a déjà essayé d’attacher mes oiseaux
Avec de beaux fils de soi
Mais quand mes oiseaux à tire d’ailes
Tout à coup rêvent de partir
Moi je le sens que ça tire
Leurs cris strident griffent le vent
Aussi soyeux que soi le fil
Ça strie le ciel de traits de sang
Et quand ça casse
Ça fait des bruits
D’ailes qui se brisent »
Flora Delalande
Extrait des spectacle et livre éponyme. Flora joue chez l’habitant et dans les structures culturelles n’hésitez pas à la contacter pour faire venir son spectacle.
Ecrits au pied de la lettre
Les hirondelles dans la cour
tournent en rond
comme si elles avaient perdu quelque chose.
Le printemps peut-être
avec les fleurs venues trop tôt
et les pluies trop tard…
A se demander si on aura le temps
de devenir vieux
tant le sabordage de la terre
semble si bien entamé.
Simon Martin – Ecrits au pied de la lettre – éd. Donner à Voir (2010)
Suspense
Lundi, j’ai entendu
le rouge-queue
mercredi, je l’ai vu
nous sommes jeudi
j’attends demain
religieusement.
Christophe Jubien – Allons enterrer l’oisillon – éd. Donner à Voir (2020)
Les oiseaux dans le ciel meilleur
passent comme des sourires,
des sources rouges et blanches
Au couchant, ils peuvent dans les arbres
qui ne bougent, chanter ; l’étrange
encore les épargne. Ils savent, les rares
être ici.
Casimir Prat – anthologie « Paroles des poètes d’aujourd’hui » – éd. Albin Michel (1997)
Peu importe la saison.
N’être que de passage
pour se délivrer
de la lourdeur des jours
comme se défaire
d’un vêtement trop élimé
– sans laisser d’empreinte.
Pour toute compagnie
le chant d’un merle solitaire.
Chantal Couliou – Instants nomades – éd. Gros Textes (2022)
La mésange bleue
Dans la fièvre douce
d’un matin printemps
le saule pleureur
peigne ses ramilles
où le vent a mis
une folie blonde
d’ombre et de lumière
C’est qu’il faut bien
remettre un peu d’ordre
dans ses branches folles
pour être coquet
Reviendra bientôt
la mésange bleue
qui sait chaque année
lui chanter le monde.
Alain Boudet La volière de Marion – Éditions Corps puce – 1989
L’autruche
Elle se promène sans capuche,
L’autruche qui ne triche jamais
Dans les courses relais,
Car elle est la plus rapide,
La plus élégante et la plus forte.
L’autruche est fière
De parler l’autruchois
Et de pondre des œufs
Les plus gros de la planète.
Elle vend cher ses jolies plumes
Aux créateurs de costumes,
De chapeaux et de fanfreluches.
À tout hasard, je te le dis :
C’est très dans le vent
D’être une autruche !
Béatrice Libert, Au grand bal des oiseaux Abécédaire poétique
La voie de l’oiseau
J’ai entendu des voix.
Était-ce un rêve ou juste une illusion?
L’aube lente émergeait d’une raison.
L’inquiétude ouvrit une voie.
Progressant sur la voie,
je recevais quelque chose de beau,
l’insolente vigueur d’un oiseau.
Se dessinait une voix.
Quelle était cette voix ?
J’interrogeais ses éclats triomphaux.
La saison vibrait de chants d’oiseaux,
leurs traits imposant une voie.
D’air était la voie,
aimantée par la ligne d’horizon,
présage d’une terre de migration.
Oiseau, j’ai aimé ta voix.
Tu es venu, ma voie.
13 septembre 2007
Alexandre M. Czajkowsk, in Oiseaux – Bacchanales n°41 (2007)
Le rouge-gorge
est venu voir
ce que je fabriquais
dans le jardin
D’abord
il n’a rien dit
mais son œil
s’est agrandi
à chaque coup de bêche
Il s’est approché
sans crainte
pour avaler
deux ou trois
vers de terre
Il m’a salué
d’un coup d’aile
avant de repartir
sous les feuillages
Et j’ai cru comprendre
dans ses tic tic tic
qu’il avait bien connu
mon père.
Jean-Claude Touzeil – Léo, arrêt sur images – éd. A l’index (2020)
L’alouette
D’où vient ce chant de lumière
qui te séduit quand tu marches ?
Tu le cherches autour de toi
dans les arbres qui sommeillent
dans la chaleur attendrie
par le vent qui s’effarouche
et tu ne le trouves pas
C’est que l’oiseau qui l’entonne
habite le bleu du ciel
Lève donc un peu la tête
Elle est là-haut
l’alouette
qui veut ravir le soleil.
Alain Boudet La volière de Marion – Éditions Corps puce – 1989
Quand doucement tu cognes à mon carreau
Je ne suis jamais sombre comme l’est
L’alouette sur les blés
Elle étend sa silhouette comme j’étendrais
Mes feuilles et mes nervures
À toucher les étoiles, à toucher l’horizon
À frôler les buissons, caresser les coeurs purs
Et toi, vieux hibou voleur d’étincelles
Tu ravives patiemment lune à lune
Les arches et les esquifs, la voûte des arcs-en-ciel
Et toi, vieux hibou verrouilleur de l’ombre
Tu ravaudes tendrement lune à lune
Le sommeil des vivants
Nous ne saurions dire qui
De l’alouette ou du hibou
Fait oublier fuites et défaites
Nous savons seulement
Qu’avec ces deux-là
Il n’y a pas de nuit pour nous
Car toujours chuchote l’alouette
Car toujours murmure le hibou…
Et toujours je nous souhaite
Un rêve, un songe, une fenêtre
Quand doucement tu cognes à mon carreau
Je ne suis jamais sombre comme l’est
L’alouette sur les blés
Elle étend sa silhouette comme j’étendrais
Mes feuilles et mes nervures
À toucher les étoiles, à toucher l’horizon
À frôler les buissons, caresser les coeurs purs…
Yves Béal, in Oiseaux – Bacchanales n°41 (2007)
L’hirondelle
Même en orthographe,
L’hirondelle a deux ailes.
Et dans le i, on entend
Son inlassable cri.
Il n’y a pas d’été sans elle,
Sans ses voyages incessants
Pour nourrir ses oiselets
Bien calés dans leur nid.
Danse encore dans notre ciel,
Fidèle hirondelle,
En rase motte sur l’étang
Où tu avales les moustiques
Qui nous piqueraient les flancs !
Béatrice Libert, Au grand bal des oiseaux Abécédaire poétique
vous qui traversez ma fenêtre
en volée de flèches vives
calligraphiant l’espace
sans prétendre écrire
sur la page du ciel
mésanges allègres
enseignez-moi l’art
du tracé sans traces
Françoise Ascal, in Oiseaux – Bacchanales n°41 (2007)
Que seraient nos matins
sans les oiseaux blottis dans
les manches des arbres et
la fresque fidèle d’un ciel
au-delà des remparts intimes dont
le cierge du silence fait naître
un air de chapelle
que serait mon âme sans
cette croûte de sel aux collines
sans ses perchoirs secrets
où seul le choucas sur l’épaule
ose réclamer d’un sot croassement
une cerise de ta main
que serait la nuit sans
les oisillons morts
l’éclat de leurs becs aux vitres
sans le doux chant des astres
pour panser leurs petits corps
meurtris
que serait l’étang sans les oies cendrées
le bouleau sans le merle chanteur
que serait la plume sans son crissement perplexe
quand tu verses sur la feuille
l’encre vermeille des soirs de désir
et qu’un ange nous veille de
son pas de neige
Monika Demange, in Oiseaux – Bacchanales n°41 (2007)