Traces
Lorsque je quitte un bivouac, sac au dos, chaussures aux pieds, je me retourne toujours et, toujours, j’ai cette gratitude. Gratitude pour le lieu. Pour la nuit qui m’a laissée la traverser sans heurt. Gratitude pour toutes les petites bêtes qui ont partagé leur gîte le temps de quelques heures. Pour les hommes, aussi, qui n’ont pas fait de mal.
En moi, il y a toujours ce minuscule émerveillement d’avoir passé là un temps hors des contraintes du temps. De m’être endormie parce qu’il faisait nuit, de m’être levée parce que le jour lui aussi se levait. De n’avoir eu à demander l’autorisation de personne. Émerveillement de n’être ni chez moi ni chez quelqu’un d’autre. Et d’avoir tout reçu sans avoir rien pris.
Au moment de reprendre la route, je me retourne toujours, mais ce n’est jamais par regret. C’est pour voir le lieu une dernière fois. Et c’est toujours une première fois, ce paysage redessiné par une nuit en corps à corps.
Si je pouvais considérer mon passage sur terre comme je considère mes nuits sur le bord des chemins, comme la vie serait douce et légère.
Quand je quitterai ce monde, je voudrais ne pas laisser d’autre trace que celles que je laisse au matin : de hautes herbes couchées au sol qui se relèveront d’elles-mêmes sans que personne ̶ pas même moi ̶ n’en soit témoin.
Les feuilles ne tombent pas, elles s’envolent
Flora Delalande
Lignes d’Horizons, 2025
ISBN 978-2-9562605-9-2
13,00 €
Le livre de Flora Delalande se compose de plusieurs parties, chacune « préfacée » par un fragile bouquet d’herbes sauvages ou de géranium herbe à Robert. Elle évoque, avec ferveur, son amour de la terre natale, de la terre tout simplement, là où sont ses souvenirs de bonheurs simples et partagés parmi les arbres et les plantes.
La fille de la nature cherche comment elle peut tenter d’apprivoiser la ville pour ne pas perdre ses origines et comment elle peut trouver un peu de campagne dans la ville.
Les illustrations sont magnifiques. Les feuilles, photographiées, ou plutôt scannées et retravaillées, comme en relief, semblent s’être posées ici ou là, au gré du hasard, prêtes à s’envoler à nouveau. Une sorte d’herbier sauvage qui se serait composé lui-même et donnerait raison à l’auteure : «Les feuilles ne tombent pas, elles s’envolent.» Une déclaration d’amour à la nature avec des mots qui vont droit au cœur.
Robert Froger