Paroles et souvenirs de Michel Lautru – interview
Portrait chinois
- Si tu étais un animal, lequel serais-tu ? Je serais un âne
- Si tu étais une saison ? Je serais le printemps
- Si tu étais un signe de ponctuation ? Je serais une virgule
- Si tu étais une plante (fleur, arbre…) ? Je serais un cyprès
- Si tu étais un paysage ? Je serais un vallon
- Si tu étais une heure de la journée ? Je serais l’heure où le soleil se couche
- Si tu étais un instrument de musique ? Je serais une guitare
- Si tu étais une couleur ? Je serais le bleu
- Si tu étais un verbe ? Je serais aimer
- Si tu étais un objet du quotidien ? Je serais une vieille horloge ou un verre à pied
- Si tu étais une chanson ? Je serais un jour un jour Ferrat Aragon un jour couleur d’orange…un jour d’épaule nue…où les gens s’aimeront, un jour comme un oiseau sur la plus haute branche.
- Si tu étais une odeur ? Je serais le muguet
- Si tu étais une émotion ? Je serais la surprise
- Si tu étais un poème, tu serais court ou long, en vers ou en prose ? Je ne serais pas long et en vers libres.
- Si tu étais le dernier mot d’un poème ? Je serais demain

Souvenirs de lecture et d'écriture
Quel est le premier poème que tu as lu et qui t'a marqué ?
Quel est le premier poème que tu as écrit dont tu te souviennes ? Quel âge avais-tu ?
Oh bah ça, je suis incapable de répondre. Les premiers poèmes qu’on écrit, on les écrit pour une copine.
Non, mais je suis incapable de dire ce que j’ai pu écrire comme ça. Mais le premier poème qui me reste en tête et qui a été important pour moi, parce qu’il lui arrive quelque chose, à ce poème-là, c’est celui-ci :
« Je serre la vis, dit le premier.
Je la serre aussi, dit le second. »
C’était un texte sur la sévérité, et aussi sur le monde ouvrier.
Je l’ai trouvé tellement percutant qu’il a été édité dans un premier recueil. Puis j’ai eu l’idée d’en faire une affiche. Je suis donc allé dans une imprimerie et on en a fait une affiche.
« Je serre la vis, dit le premier.
Je serre aussi le second.
À quoi ça sert ? dit le patron. »
Enfin bon, c’était un texte qui percutait vraiment le monde ouvrier.
Et alors, chose extraordinaire, quand il y a eu les grandes manifestations à Alençon, à propos de la fermeture de Moulinex — Moulinex était en train de fermer —, les ouvriers de Moulinex ont défilé avec ce poème-là dans la manifestation.
Il y en avait plusieurs qui avaient leur pancarte avec le poème collé dessus.
Là, j’avais entre 20 et 30 ans.
Autrement, ce sont des poèmes de jeunesse dont je ne me souviens pas trop. Il faudrait que je recherche. Mais le premier poème marquant, c’est celui-là.
Quel est le premier livre de poésie que tu as lu en entier ?
On ne lit pas forcément des livres de poésie en entier. On picore. À l’origine, j’ai beaucoup picoré dans du Prévert. Voilà, Prévert, forcément.
Mais un livre entier de poésie, le tout premier, je ne sais pas. Je pense que j’ai lu le premier Joël Sadeler, parce que Joël Sadeler, en fait, a écrit un premier livre de poésie en 1967, quand la MJC de Ballon a été inaugurée. Peu de temps après, il a sorti son bouquin de poésie.
Donc, en sortant son premier bouquin de poésie à la MJC de Ballon, en 300 exemplaires tirés à l’imprimerie de Beaufay, je crois qu’il a tout vendu dans la semaine. Tellement il était attendu là-dessus. Et donc, ça, c’est un premier petit livre que j’ai dû lire. Mais bon, il l’a reconnu après, ce n’était pas un bouquin marquant. C’était quand même un premier bouquin, son premier bouquin à lui. Et donc, on allait piocher dedans, oui.
Moi, je me suis étonné de pouvoir écrire et de pouvoir publier. Je me suis dit : « Tiens, c’est bizarre. On peut écrire, on peut aller dans une imprimerie et puis faire un livre. » Ça m’avait complètement bousculé.
Voilà. Mais autrement, en livre de poésie lu en entier, non. Je pense que j’en prends plusieurs à la fois, que je picore, et puis voilà.
Je me suis régalé avec Cotcodi— après, à lire des poètes en entier et puis à les publier —, dont le livre de ton papa, Poème pour sautijouer. Et Poème pour sautijouer, c’était un des premiers, un des premiers Cotcodi qui avait vraiment du corps, quoi.
Quel est le premier poème ou extrait qui t'a marqué et qui continue de t'accompagne ?
Sans doute des textes de Prévert qui remontent à il y a longtemps. Des formules… Il fait beau… Je ne sais plus exactement le texte. Comment donner une journée, une journée de soleil à son patron… Enfin, un truc comme ça. Les textes qui étaient un peu percutants.
Autrement, j’ai bien aimé aussi des textes d’Éluard sur l’amour. Et quand je fais des animations poésie, je reprends aussi des textes d’Éluard. Ça me plaît bien, c’est très humain.
Puis on se rend compte que derrière chaque livre, il y a une personne qu’on peut rencontrer ou pas. Quand on lit les textes de quelqu’un, qu’on rencontre la personne et qu’on a aimé ses textes, on n’est pas déçu, comme on n’est pas déçu par la personne, quoi.
Donc c’est important aussi, quand on le peut, de rencontrer ceux qui ont écrit, de rencontrer les poètes, oui.
Le geste d'écrire
Dans quel lieu et à quel moment de prédilection écris-tu ?
Il n’y a pas de lieu particulier. C’est quand ça me prend.
Je me souviens que, pour mes premiers textes, mes parents habitaient dans une petite maison à Ballon. C’était une rue en impasse et je pouvais m’asseoir par terre, devant la maison, adossé au mur. J’ai écrit mes premiers poèmes comme ça, dehors, assis, en gribouillant des mots. Je devais avoir 16 ou 17 ans à ce moment-là. Je me plaisais bien à écrire des trucs comme ça.
Et puis, quand je suis en vacances, ça me plaît bien de partir avec un petit carnet. Il y a toujours des moments où les gens vont se baigner, où ils jouent à la pétanque… Alors, si je ne joue pas à la pétanque, je m’isole et je continue mon petit carnet. J’aime bien ça.
J’ai aussi demandé à mes élèves, quand ils le peuvent, d’avoir un petit carnet. Quand on n’a rien à faire, qu’on peut s’ennuyer, on ne s’ennuie jamais avec un petit carnet et un petit crayon. Si on n’a pas d’idées, les idées viennent. Il suffit de regarder autour de soi.
C’est aussi une manière de combattre la solitude. On peut se dire : « Tiens, là, il n’y a personne. » Mais on n’est jamais seul quand on a un crayon, un petit carnet et qu’on sait regarder.
Autrement, écrire peut se faire dans n’importe quelle circonstance. Mais je ne me dis pas : « Tiens, il est 8 heures, j’écris de 8 heures à 9 heures. » Non, ce n’est pas mon truc.
J’écris quand quelque chose se déclenche en moi et me dit : « Tiens, on pourrait peut-être écrire quelque chose. »
Je peux rester 15 jours ou trois semaines sans écrire, tout en ayant des thèmes dans la tête pendant quelque temps, puis ne faire que ça pendant huit jours. Voilà : avoir une crise de poésie pendant un moment, puis ne rien écrire pendant un mois.
Mais je ne me dis pas tous les jours qu’il faut que j’écrive. Ce n’est pas ça.
Le geste d'écrire
La poésie en 3 mots ?
Liberté
Beauté
Amour
Le livre de poésie que tu emporterais sur une île déserte ?
Je prendrais bien Paroles, de Prévert. C’est quelque chose que j’ai lu…
Puis un des copains — ça peut être ton papa [N.D.L.R. : Alain Boudet], ça peut être Jean-Claude [N.D.L.R. : Jean-Claude Touzeil].
Je pense que, si j’en avais deux à choisir, ça pourrait être ça. Parce qu’on les réunit tous sous la même bannière, pas seulement parce que c’est joli ou parce que ce sont des vers, mais parce qu’il y a de l’humain.
Il y a quelque chose qui ressort de tout ça : ce sont des gens qui ont la fibre humaine.
Un poète à découvrir, que tu aimerais faire connaître ?
Je ne dirais pas un poète, mais des poèmes d’enfants.
Tu sais que je suis complètement là-dedans. J’ai toujours dans l’oreille ce que disait Georges Jean : « Un enfant ne peut pas être poète. » Et je dis : « Je peux vous le prouver ! »
Si, il y a des enfants auxquels on donne des clés et qui sont capables de faire de la poésie autant que des adultes. Il existe de très beaux textes d’enfants, ou simplement de petites phrases que certains adultes ne sont pas capables de produire.
Je pense qu’il y a beaucoup à faire là-dessus. Je suis en train — tu le sais — d’essayer de rassembler des textes d’enfants. Je voudrais prouver — cela a déjà été fait, bien sûr — que l’on dispose d’une matière composée de textes très différents, avec des émotions très différentes, et qui contient de la vraie poésie.
Il y a des adultes qui croient faire de la poésie, mais qui écrivent seulement des choses qui riment. Bon, ça rime, mais il n’y a rien en dessous. Et il y a des enfants qui ne font jamais rimer leurs textes, mais qui créent quelque chose de très profond, qui peut remplir de bonheur ou tirer les larmes.
Et si on faisait un peu plus cela dans les écoles — si on faisait de la musique, de la peinture, si on mettait véritablement en place une éducation artistique —, le monde serait moins dur. C’est évident.
Au lieu de combattre les fautes d’orthographe et de mettre de la grammaire partout, il y a des tas de trucs que l’on ne fait pas et qui seraient bien plus utiles aux enfants, aux adultes en devenir et à la société.
Lecture de poèmes choisis par Michel
Michel nous lit un poème qu’il a écrit pour Marguerite
Michel nous fait découvrir des textes écrits par des enfants