Chagall
Musique ! Du sol au pignon vibre le théâtre juif.
Bal fantasmagorique, j’ai vu danser à-pic
bœuf, chèvre et coq rouge, jules impudent.
Femmes et vaches jubilent… que répondre ?
Fi de l’équilibre : chic ! le violoniste grimpe, joue,
jusqu’à former un paysage habité de ces vies
pacifiques. Marchands et ivrognes… bonjour !
Galet
Dense objet poétique, parfois moche, le va
et vient des flots l’embugne. Choqué, projeté
chaque fragment obvie déjà aux aspérités
jusqu’à finir machin poli, truc vagabond
que j’empoche. Bonheur régressif validé.
Typhus
L’horrible fièvre qui juge, condamne, méprise
pave à jamais la fange toxique d’Auschwitz-Birkenau.
Qui ne tremble, sujet à l’effilochage, devant
les ombres de vie confisquée, le piège abject ?
Vain jargon plombé, fatal à Desnos. Qaddish
votif, pour chaque compagnon déjà oublié.
Plein les poches
Polder 208
Annie Hupé
Couverture Claudine Goux
Décharge / Gros Textes, 2025
ISBN 978-2-35082-618-9
7,00 €
Que peut bien avoir Annie Hupé «Plein les poches» et plein le cœur ? Des mots, bien sûr ! Avec lesquels elle joue, certes, mais d’une manière raisonnée, organisée puisqu’elle nous les présente dans l’ordre alphabétique. C’est bien la seule rigueur qu’elle s’impose car, passé ce détail, cela part dans tous les jeux, dans tous les sons, dans tous les sens.
Chaque lettre est décrite dans sa morphologie : «R est un P qui avance la jambe» et dans les sons, assonances et allitérations : «F est un effet de souffle feng… on le sait F aime air».
Puis chaque lettre est illustrée de un à cinq mots décrits, expliqués, commentés par l’auteure, de manière jamais sobre, souvent débridée, dans un délire verbal savamment orchestré. La «définition» du mot «désordre» explique bien la volonté d’Annie Hupé : «Fertile dérive du chaos qui jubile, défie.»
Armé d’un dictionnaire (ou pas), vous naviguerez dans cette encyclopédie qui file à mots, à cœur, à livre et à tombeau ouverts !
Robert Froger