Comme une phrase qui recommence
Il y a toujours quelque chose en nous qui rapporte au
mouvement de ce qui échoue sur la rive. Un ressac incessant de
souvenirs qui traversent la mémoire. Ce qu’il en reste, après le
fracas des jours contre les récifs, n’est qu’une rumeur que l’on
porte partout avec soi. Quelque chose comme une musique
souterraine qui part de l’enfance et ne s’achève qu’avec le
dernier souffle. N’as-tu pas, toi, ces petites notes récoltées sur le
sable à l’âge où l’on rêvait de lointains voyages dans des bateaux
de papier?
Des oiseaux marins volent dans mes souvenirs
Planent sur la côte atlantique à Port-Gentil
Survolent la ville de nuit quelque part en Bretagne
Ici ou là-bas il y a ce même chant
Embruns diffus sur le visage
Le bruit infini de la mer comme une phrase qui recommence
au lieu où elle s’achève. L’éternelle promesse de l’horizon qui
s’ouvre au fil des mots tombés sur la page. C’est là que je puise,
dans la mer intérieure, bouillonnement d’ombres, mais aussi
de fragile lumière. Je n’oublie pas l’enfance qui rêvait sous les
badamiers en regardant les bateaux disparaître au large. Écrire
ou prendre la mer, il est toujours question de quitter un rivage,
d’aller vers un port ou ailleurs, de naviguer ou même dériver
comme une embarcation blessée. Écoper sans cesse, écoper
pour ne pas couler.
Stève Wilifrid Mounguengui
Bacchanales n°74 – Lever l’encre
Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes.
Écoutons Marion nous lire ce poème…