Fabuleusement nôtres de Jacques Gaucheron

Voici quelques extraits du livre "Fabuleusement nôtres"
La licorne
Licorne agile licorne douce et fine
je t’ai vue dans la tapisserie ancienne
qui oserait t’apprivoiser
sinon l’ami des laines et des couleurs
Avec cette corne de cornaline
comme une tige comme un dard
entre tes yeux de demoiselle
Blanche corne ivoirine
comme l’aube d’un seul désir
dans la nacre des crépuscules
Licorne au pied léger
aller vers toi ne serait qu’une danse
Tu ne te laisses apprivoiser
que par les fleurs.
Le phénix
Cet oiseau-là
ressemble à tous les oiseaux
puisqu’il bat des ailes
Comme le jour il a des aubes
et des crépuscules cendreux
De quel désir chaque matin
vas-tu t’enhardir à renaître
secoue les cendres de la nuit
l’aurore est là
Drôle d’oiseau que voici
qui jette dans le bûcher
où il se consume
le fagot de ses souvenirs
afin d’apprendre à vivre sans regret.
L’oiseau-coeur
Allons promener dans les bois
Sur une écorce à la clairière
l’oiseau-cœur s’est posé parfois
Son épaule s’arrondit
contre l’arbre où il se repose
Il chante pour que persévèrent
le printemps et les primevères
pour que dure un peu le bonheur
Allons promener dans les bois
sans effaroucher l’oiseau-cœur
il n’ouvre l’aile qu’une fois
La bête innommable
Il arrive quand tout se tait
dans le sous-bois
qu’on entende le froissement
lent
de son pas
Le battement de ses deux ailes
si léger qu’on dirait de soie
Mais on ne pourrait la voir qu’en
brusquement
sur soi-même se retournant
Plus vite que le clignement
d’une paupière qui s’étonne
On croit sentir le feu de ses yeux
son regard entre les épaules
Le souffle un peu de son haleine
son odeur de soufre et de miel
On ne pourrait l’apercevoir qu’en
sur soi-même se retournant
mais jamais assez promptement
pour la surprendre juste avant
qu’elle se soit évanouie
entre broussaille et clairière
Quelle allure elle a
nul ne le saura
ni quoi ni comment
A qui ressemblant
à n’importe quoi
à qui ou à quoi
à toi ou à moi.
L’hydre
L’hydre s’était mis en tête
d’avoir plutôt qu’une sept têtes
comme un chandelier à sept branches
Une pour chaque jour de la semaine
et même
une tête pour le dimanche
Mais c’était un casse-tête
car la tête de lundi
ignorait celle de mardi
qui
ne savait rien de mercredi
qui
ne prévoyait pas jeudi
qui
ne songeait pas à vendredi
qui
oubliait tout de samedi
C’était tout le contraire d’une vie
Y avait de quoi perdre la tête
surtout le dimanche
qu’est un jour de fête
Et après ça recommence
puisque ça repousse les têtes d’hydre
mais ce n’est pas une solution.