Christian Poslaniec – fiche auteur
Éléments de biographie
le sourire et le stylo toujours en chantier
Né en janvier 1944, en région parisienne, Christian Poslaniec vit dans la campagne sarthoise. C’est là qu’il écrit. Beaucoup. Enseignant, chercheur, formateur, c’est de la poésie qu’il commença à écrire durant ses études. Mais la palette du bonhomme est bien plus large. Passionné par l’écriture, il a publié – et il continue – des romans pour tous (jeunesse ou adultes), des polars, des nouvelles, et de nombreux ouvrages de pédagogie consacrés à la lecture et à l’écriture. Plus de cent vingt livres à ce jour…
Dans sa vie d’écrivain, la poésie est une petite veilleuse qui, de temps en temps, fulgure. La découverte de Prévert lorsqu’il avait 12 ans et qu’il rencontra plus tard, la lecture de Desnos, a qui il consacra un mémoire d’études supérieures, ont sans doute marqué sa relation au langage et à l’écriture poétique. Il y a dans sa maison des blocs de papier et des feutres qui, dans chaque pièce, sont toujours prêts à recevoir ces images qui surviennent et soudain font poème de manière souvent inattendue.
Sa curiosité de lecteur le conduit aussi à réaliser des anthologies qui sont des mines à explorer et des territoires d’imaginaires à découvrir.
Article d’Alain Boudet dans la revue La vie mancelle en 2021

Éléments de bibliographie
Quelques recueils de poèmes
- Rrose des Temps, Éditions Henry des Abbayes, 2016
- Drôleries (ill. Olivier Latyk), Éditions L’Édune, 2011
- Comme une pivoine (ill. Anne Buguet), Éditions du jasmin, 2008
- Le chat de mon école marque toujours midi (ill. Antonin Louchard), Lo Païs, 2002
- Concerto pour palette et rimes, l’école des loisirs, 1993
- Des rires de chiendent (ill. Lionel Andeler), Magnard, 1984
- Poèmes tricotés main pour les enfants chamaille (ill. Marie Fougère), Utovie, 1982
- Poèmes en clé de scie pour les enfants en cage (ill. Marie Fougère), Utovie, 1976
- Éléphantasmes, Encres vives, 1981
- Grimaces et Malices (ill. Rozier-Gaudriault), l’école des loisirs, 1981
- Fleurs de Carmagnole, Éditions Saint-Germain-des-Prés, 1978
- Le petit ça sauvage, Éditions Le Castor astral, 1975
- Les oiseaux étranglés (ill. Amor), Éditions Chambelland, 1973
Quelques anthologies
- À saute-frontières, poèmes du monde pour vivre ici (avec Réjane Niogret), Le jasmin, 2023
- Les 15 dragons de Jade, contes et poèmes d’Asie (avec Réjane Niogret, ill. Sandra Poirot-Cherif), Le temps des cerises, 2017
- 120 nuances d’Afrique (avec B. Doucey et Nimrod), Éditions Bruno Doucey, 2017
- L’insurrection poétique (avec B. Doucey et R. Niogret), Éditions Bruno Doucey, 2015
- La poésie au cœur des arts (avec Bruno Doucey), Éditions Bruno Doucey, 2014
- Duos d’amour, Éditions Seghers, 2007
- Poèmes tout frais pour les enfants de la dernière pluie, Éditions La Farandole, 1993
- Adolescence en poésie, Éditions Gallimard, 1982
- Poèmes vitraux, l’école des loisirs, 1981
- La colère verte, Poésie 1 n°86, 1981
- Poèmes de femmes du temps présent, BT2 n°100, 1978
- Le coffret d’Aladin (ill. Philippe Dumas), l’école des loisirs, 1975
Quelques essais
- Aborder la poésie autrement à l’école, cycle 3, 6e, Retz, 2011
- Aborder la poésie autrement à l’école, cycle 2, Retz, 2010
- La poésie école de la vie : Jacques Prévert (avec C. Cohen, F. Lechanteur), BTR n°36,1979
- Comment peut-on être poème ?, BT2 n°94, 1977

Sélection de poèmes
Poème hasardeux
Celui qui entre par hasard
dans la demeure d’un poète,
neuf fois sur dix c’est un lézard.
Tout l’art
consiste alors à attraper la bête
sans lui briser la queue
– sinon la rime est morte –
à lui ouvrir la porte,
lui montrer le ciel bleu.
Et le laisser partir
tout plein de dignité
la tête haut dressée.
« Bon voyage, messire ! »
Inédit.
*****
Leçon d’attention
Quand on écoute les forêts,
On entend les arbres pousser…
Pousser des cris de bêtes lentes.
Les arbres bougent, sous la terre.
Leurs longues pattes d’araignées
Se faufilent, et c’est difficile.
Leurs feuilles boivent le soleil
Et transforment l’or chaud en vert.
Ça fera venir le printemps.
Quand on écoute les forêts,
On entend crisser leur écorce
Que tisse lentement le temps.
Le chat de mon école marque toujours midi (Lo Païs, ill. Antonin Louchard).
*****
Fuser
Des fois, j’ai très envie de formuler
des pensées si profondes
qu’il faut faire attention
de n’y pas trébucher.
J’en livre à votre attention
sans la moindre once de faconde :
Un ara qui rit prouve ainsi
qu’il est plein de vie.
C’est paradoxal !
Si ma chérie s’appelait Nadège
ce serait plus facile
de lui écrire un poème
les jours où il neige.
À force de lire et relire
Apollinaire
Je suis devenu alcoolique.
C’est quand on se sent sûr qu’on ne censure pas !
Il existe forcément un endroit
quelque part
où le noir
est la couleur de l’exultation.
Des fois, j’ai bien envie de dire
que le pire
n’est pas obligé d’arriver
et que le rire
– je demande votre attention –
doit fuser sans restriction.
Rrose des Temps (Éditions Henry des Abbayes).
*****
Joie
Je maîtrise la nuit en étoilant mes mots
et le chien continue d’aboyer les oiseaux,
les grands oiseaux au ventre rose,
aux ailes repliées sur du rêve sans fond
et qui dansent
le bec plein de chansons.
J’ai des chaussons de laine qui m’attendent chez moi,
douillets, les temps de transhumance.
Je compte sur mes doigts.
Dénombrer ses vertèbres,
recentrer ses oiseaux,
cela suffit à qui décline
à l’infinitif,
le vivre.
Car la vie est oblique,
sinueuse parfois.
Alors prendre le temps
du présent,
s’offrir soi-même des désirs,
des désordres,
des îles, du rire,
et toujours compter sur ses joies.
Rrose des Temps (Éditions Henry des Abbayes).
*****
Comptine du petit crotale
Drelin, drelin, ne me gronde pas.
Cahin-caha, je n’ai plus très faim.
Dis-moi, maman, c’est quoi des mains?
Drelin, drelin, fais-moi un câlin.
Cahin-caha, prends-moi contre toi.
Dis-moi, maman, c’est quoi des bras?
Drelin, drelin, fais-moi un bisou.
Cahin-caha, ton nez est tout froid.
Dis-moi, maman, c’est quoi un doigt?
Drelin, drelin, serre-moi bien fort.
Cahin-caha, il va faire nuit.
Dis, maman, c’est quoi un fusil?
Drelin, drelin, fais-moi des caresses.
Cahin-caha, mais pourquoi tu pleures?
Dis-moi, maman, c’est quoi la peur?
Drelin, drelin, entoure-moi bien.
Cahin-caha, avec tout ton corps.
Dis-moi, maman, c’est quoi la mort?
Drelin, drelin, siffle une berceuse.
Cahin-caha, je vais faire un somme.
Dis-moi, maman, c’est quoi un homme?
Des rires de chiendent (Éditions Magnard, ill. Lionel Andeler).
*****
Précipitations
Il pleut grenouille
les oiseaux mouillent
le printemps fouille
un peu partout
parmi les fleurs
du cerisier
et dans les mares.
J’en ai marre à canard
des précipitations
mon impatience rouille.
Quand vais-je enfin pouvoir
sortir le bout du nez
aller me promener ?
Inédit.
*****
Rira bien qui
Pivoine se pavane.
« Embaumer, c’est sourire »,
Murmure le freesia.
Pivoine, inodore, en rougit.
Flagrant délice :
La fragrance des lilas.
Comme une pivoine, (Éditions du Jasmin, ill. Anne Buguet).
*****
La beauté
Le chien de mon voisin
n’obtempère jamais quand on dit « Fais le beau ! »
Cependant, en riant
il aboie des poèmes.
Il s’appelle Hugo.
Moi je n’y connais rien
en poèmes canins
mais je vois bien
qu’il croque le vent
à pleines dents.
Inédit.
*****