JongleriesJe ne lance pas en l’air balles ballons cerceaux Je ne fais pas tourner quilles bouteilles couteaux Moi je jette des lettres qui retombent sur la tête J’en fais des mots rigolos des calembours à battre le tambour Joël Sadeler Sucreries et jongleries © Lo Païs, 1999 | | Des mots tordus biscornus à l’endroit à l’envers ils font la paire Des mots à contre-allée pour déranger des mots à contresens pour ne plus s’y retrouver Pour voyager j’invente Des mots-valises Qui m’emportent loin et sans balises Je suis jongleur de mots avec des lettres je fais mon numéro Joël Sadeler Sucreries et jongleries © Lo Païs, 1999 |
| | De sauts en rebonds ils trampolinent nos cœurs les cueilleurs d’étoiles. Anick Baulard Rêve de cirque © Les Adex, 2002 | |
Les clowns me faisaient pleurer les pirouettes des éléphants me donnaient envie de ne plus bouger jusqu’à la fin du mondej’avais cinq ans et maintenant que j’en ai cinq mille rien n’a changé après le spectacle les anges enlèvent leurs ailes blanches et leur auréole ne restent que leur maquillage de clown qui coule et leur lenteur d’éléphant Thierry Cazals Un éléphant au paradis © møtus, 2011 | Au cirqueEt maintenant, Mesdames et Messieurs, nous vous présentons en grande première mondiale, sans cage, avec son poitrail multicolore et toute sa crinière au vent : le bonheur ! (tambour et musique). Il apparut. C’était vrai, c’était le bonheur. Et de quelle taille ! Comme il n’était pas encore apprivoisé, il se jeta dans le public en rugissant et dévora la plupart des spectateurs. Norge in Ça fait rire les poètes Anthologie par Jean-Marie Henry © Rue du Monde, 2009 |
| | Papillon de strass elle vole au-delà des yeux la fille au trapèze Anick Baulard Rêve de cirque © Les Adex, 2002 | |
Le clou du spectacleil se tape sur la tête boum il se retape sur la têteù boum boum il se retape sur la retête boum boum boum et dans le sol il disparaît c’est vrai c’est pas vrai pour qu’on se marre tôt hi ! ah ! oh ! il faut enfoncer le clown dans la sciure du chapiteau et lui tirer son chapeau Gérard Bialestowski in Ça fait rire les poètes Anthologie par Jean-Marie Henry © Rue du Monde, 2009 | | Il arrive, il arrive, il passe la montagne, il franchit la rivière, il longe les usines. Il arrive, il arrive, avec ses tigres à bretelles, ses clowns aux oreilles de lynx et ses jongleurs aux bras de pieuvre. C’est écrit sur l’affiche qui exagère toujours un peu.Mais il arrive, il arrive que le cirque soit déjà là, depuis longtemps, dans les yeux des enfants. Pef in Sous le chapiteau des mots Anthologie Jean-Marie Henry et Alain Serres © Rue du Monde, 2016 |
| | FatrasieIl était un clown de Quimper Qui marchait toujours de travers Si bien qu’à peine j’exagère… On le prit pour un crabe vert. Jacqueline Held in Ça fait rire les poètes Anthologie par Jean-Marie Henry © Rue du Monde, 2009 | |
Quand je serai pas clown Je n’aurai pas de nez rouge Au milieu de la figure Je n’aurai pas de pieds Longs longs dans mes chaussures Je n’aurai pas de cheveux fous De cheveux roux de cheveux saouls Ni de z’yeux qui pleurent en fontaine Ni de crème qui dégouline sous les feux Ni de cris sur la piste Ni de rires immenses complices Je ne m’appellerai pas Mimile Zigoto Badini Tatava Je m’appellerai M. Moi-Moi-Moi-Moi-Moi-Moi Et j’aurai une cravate et des cartes de visite en reliefQuand je serai pas clown J’aurai oublié Le pitre dans mon cœur Qui dansait. François David in Les poètes et le clown Anthologie © møtus, 1993 | | Le cirque à une plumeUne petite fille n’avait rien pour monter un cirque, ni un éléphant, ni un olifant, ni une caravane, ni un ballon. Elle n’avait rien. Elle marchait, elle tournait en rond. Elle ramassa une pierre par terre. Mais que faire d’une pierre ? On ne construit pas un cirque avec une pierre… Un cirque doit être léger ! Alors elle ramassa une plume. ̶ Oh ! se dit-elle, je vais écrire un poème avec cette plume ! ̶ Oui, c’est ça, se répéta-t-elle. Un cirque doit toujours commencer par un poème qui tombe du ciel. David Dumortier in Sous le chapiteau des mots Anthologie Jean-Marie Henry et Alain Serres © Rue du Monde, 2016 |
| | Clown noir, clown blancIls sont entrés dans la lumière le cœur au vent clown noir, clown blanc avec la joie qui se dandine et s’époumone dans un trombone Sur la piste ils ont déposé en souriant grand comme un soleil le sac à rêves de l’enfance Et quand ils l’ont ouvert sans bruit nous avons vu jaillir l’éclair d’un oiseau couleur de musique chantant pour les enfants du monde Alors du haut de nos huit ans nous avons lancé sur la piste les paillettes bleues de nos rires. Alain Boudet in Sous le chapiteau des mots Anthologie Jean-Marie Henry et Alain Serres © Rue du Monde, 2016 | |
Au cirqueAh ! si le clown était venu ! Il aurait bien ri, mardi soir : Un magicien en cape noire A tiré d’un petit mouchoir Un lapin, puis une tortue Et, après, un joli canard. Puis il les a fait parler En chinois, en grec, en tartare. Mais le clown était enrhumé : Auguste était bien ennuyé. Il dut faire l’équilibriste Tout seul sur un tonneau percé. C’est pourquoi je l’ai dessiné Avec des yeux tout ronds, tout tristes Et de grosses larmes qui glissent Sur son visage enfariné. Maurice Carême La Fête en poésie Gallimard | | L’acrobateDans sa roulotte Un acrobate En une minute Et trois culbutes Evite la chute Tout va si vite Met sa culotte Sa salopette Ses deux chaussettes Ses sandalettes D’une seul’ menotte Noue sa cravate Trois galipettes Il est sur pattes Pour fair’la fête Moi ça m’épate ! Jean-Hugues Malineau in Sous le chapiteau des mots Anthologie Jean-Marie Henry et Alain Serres © Rue du Monde, 2016 |
| | Sans euxMonter, démonter, empiler, ranger, enrouler les cordes et plier la toile, recompter les sous, rendre la monnaie, panser les chevaux, recoudre un costume : combien de travail et combien de bras ! Ils sont tant et tant, modestes, invisibles, travailleurs infimes, sous-fifres, manœuvres. Ils sont sans paillettes. Ils sont sans étoiles… Sans eux rien ne tourne. En piste ne tournent plus les chevaux ni l’équilibriste perché sur son globe. Sans eux, sans leur peine, rien ne tournerait. Jacqueline Held in Sous le chapiteau des mots Anthologie Jean-Marie Henry et Alain Serres © Rue du Monde, 2016 | |
Pour rire en société Le dompteur a mis sa tête dans la gueule du lion moi j’ai mis seulement deux doigts dans le gosier du Beau Monde Et il n’a pas eu le temps de me mordre Il a vomi en hurlant un peu de cette bile d’or à laquelle il tient tant Pour réussir ce tour utile et amusant Se laver les doigts soigneusement dans une pinte de bon sang
Chacun son cirque. Jacques Prévert Spectacles – © Gallimard, 1949 | | Saltimbanquesà Louis Dumur Dans la plaine les baladins s’éloignent au long des jardin Devant l’huis des auberges closes Par les villages sans églises
Et les enfants s’en vont devant Les autres suivent en rêvant Chaque arbre fruitier se résigne Quand de très loin ils lui font signe Ils ont des poids ronds ou carrés Des tambours des cerceaux dorés L’ours et le singe animaux sages Quêtent des sous sur leur passage. Guillaume Apollinaire Alcools – Gallimard, 1920 |
Le clown tristePetit Clown, le pianiste, Petit Clown a les yeux tristes, Car il a perdu, c’est sûr, Les lacets de ses chaussures. Petit Clown, le pianiste, Petit Clown a les yeux tristes. Son pantalon sans bretelles A des airs d’accordéon Et sa veste a vu ses fleurs Se faner contre son cœur. Petit Clown, le pianiste, Petit Clown a les yeux tristes. Béatrice Libert – Dans les bras du monde © Soc et Foc, 2014 | | À chevalComme il était triste Le petit âne de kermesse Aucun bambin pour lui parler Lui caresser l’échine Allons allons se disait-il Ne soyons pas trop à cheval Sur nos principes de vie Un peu d’aventure que diable ! Et il monta sur ses grands chevaux Qui chez les ânes désignent de beaux rêves Et il galopa galopa galopa Là où les chemins n’ont plus d’adresse © Béatrice Libert, inédit.
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